1Ăšre Plus. HISTOIRE ET MĂMOIRES INTRO DEFINITION Histoire - c'est une science humaine qui Ă©tudie les faits passĂ©s en s'appuyant sur des sources de provenances et natures diverses (archives). L'Ă©tude du passĂ© par les historiens. Elle permet de connaĂźtre et d'expliquer le passĂ©. MĂ©moire - FacultĂ© de retenir les Ă©vĂ©nements du passĂ©
HGGSPTHEME 3 - HISTOIRE ET MĂMOIRES AXE 1 - (HISTOIRE ET MĂMOIRES DES CONFLITS 6 heures + 1 heure battement) PROGRAMME AXE 1 : Produire et diffuser des
HGGSP- La guerre d'AlgĂ©rie jalon . MĂ©moires et histoire dâun conflit : la guerre dâAlgĂ©rie Axe 1: Histoire et mĂ©moires des conflits. Jalon Un exercice . Mme Chadefaud, lycĂ©e Leborgne - Sainte Anne . Vous ĂȘtes ici : Accueil. Ressources pĂ©dagogiques. Ressources pĂ©dagogiques . Au lycĂ©e. HGGSP - La guerre d'AlgĂ©rie DerniĂšres publications. Pratiquer le document
Histoireet mĂ©moires des conflits. HGGSP - Terminale. Fiche de rĂ©vision du brevet et bac en rap. Ecoute la musique sur notre application. Paroles. COUPLET 1 Les historiens recherchent les causes de la premiĂšre guerre mondiale Ils Ă©tudient le conflit pour faire la lumiĂšre sur lâhistoire AprĂšs lâĂ©tude scientifique des archives sur le sujet Les spĂ©cialistes (pour la plupart) concluent
Axe1: « Histoire et mĂ©moires des conflits » Extraits du programme: : « LâĂ©tudede ce thĂšme a un double objectif. Le premier est de montrer comment les conflits et leur histoire sâinsivent dans les mĂ©moires des populations » ; « Le premier axe explore la maniĂšre dont histoire et mĂ©moires sâatiulent, Ă travers lâexempledes
Voicides exemples CERNER LE SUJET 1. THEME 3: Histoire et Mémoires. vendredi 16 octobre 2020. Alors oui on sait, des annales du bac tirées du baccalauréat, il n'y en a pas beaucoup suite à la réforme, que ce soit en métropole ou dans les centres étrangers comme au Liban, à Détails. Image. Sujet HGGSP terminale 11 mai 2022 Centres étrangers. Découvre
. Jalon 2 - Exploiter et protĂ©ger une ressource naturelle » la forĂȘt française depuis Colbert Ressources naturelles mise en valeur dâun capital naturel ressources minĂ©rales, Ă©nergĂ©tiques, Ă©puisables ou renouvelables ForĂȘt grande Ă©tendue couverte dâarbres territoire dâau moins 5000m2 occupĂ© au moins par 20% de couvert boisĂ©. On distingue la forĂȘt vierge ou primaire forĂȘt ayant Ă©voluĂ© sans intervention humaine de la forĂȘt secondaire forĂȘt sâĂ©tant reconstituĂ©e aprĂšs lâexploitation de la forĂȘt Comment ont Ă©voluĂ© les interactions entre la sociĂ©tĂ© et la forĂȘt depuis lâAncien RĂ©gime jusquâĂ nos jours ? PrĂ©ambule voir diaporama Evolution de la forĂȘt depuis le Moyen Age quels constats peuvent ĂȘtre faits ? ActivitĂ© n°1 La forĂȘt française sous Colbert et lâAncien RĂ©gime une ressource essentielle notice biographique p 292 Documents Ă Ă©tudier + diaporama Les chĂȘnes français, le "trĂ©sor" de Colbert par Jacques-Marie Vaslin maĂźtre de confĂ©rences, Le Monde, 27/04/2011. Les forĂȘts françaises abritent aujourd'hui des chĂȘnes plusieurs fois centenaires. Ce qui fait le bonheur des promeneurs dans les forĂȘts de Tronçais dans l'Allier, ou de BercĂ© dans la Sarthe. Ces arbres sont en fait les reliques d'une politique engagĂ©e il y a plus de trois siĂšcles par le parangon du mercantilisme en France Jean-Baptiste Colbert 1619-1683. Au milieu du XVIIe siĂšcle, la marine française est dans un piĂštre Ă©tat, contrecoup de la Fronde. Seuls deux ou trois vaisseaux peuvent affronter la haute mer. La marine doit louer ou acheter des navires Ă©trangers en cas de guerre. Colbert dĂ©cide alors de rĂ©organiser toute la filiĂšre, de la culture du chĂȘne au chantier naval. La construction d'un grand vaisseau nĂ©cessite d'abattre jusqu'Ă 4 000 chĂȘnes centenaires. Or Ă cette Ă©poque, il n'existe pas de politique forestiĂšre digne de ce nom. Le dĂ©frichage et la surexploitation des forĂȘts royales ont provoquĂ© une baisse rĂ©guliĂšre de la surface boisĂ©e. La forĂȘt s'Ă©tend alors sur environ 13 millions d'hectares. Le bois de chĂȘne Ă©tant insuffisant, on en importe essentiellement d'Italie et d'Albanie. Le pin, utilisĂ© pour le grĂ©ement, provient d'Europe du Nord. En cas de reprise des hostilitĂ©s, la maĂźtrise des routes du bois devient stratĂ©gique. Mais toutes ces importations ne conviennent pas au mercantiliste Colbert. Aux yeux de cet homme d'Etat, la forĂȘt constitue Ă la fois une source de richesse importante, "un trĂ©sor qu'il faut soigneusement conserver", et une ressource indispensable pour la construction de navires. On ne la prĂ©serve pas pour son Ă©cosystĂšme, mais par intĂ©rĂȘt militaire et Ă©conomique. L'ordonnance d'aoĂ»t 1669 scelle une reprise en main vigoureuse des forĂȘts françaises. Un quart de la surface des forĂȘts doit ĂȘtre prĂ©servĂ©, l'Ăąge d'abattage des arbres est reculĂ© Ă vingt ans, 32 baliveaux Ă l'hectare sont conservĂ©s. L'abattage est rĂ©glementĂ©. Les rĂ©sultats ne tardent d'ailleurs pas Ă se faire sentir les recettes des forĂȘts royales passent de 50 000 livres en 1662 Ă 1 million vingt ans plus tard. Dans la foulĂ©e, les chantiers navals sont rĂ©organisĂ©s pour que la fabrication d'un navire prenne un rythme industriel. La rĂ©alisation de maquettes de bateaux permet de standardiser leur construction. Dans le dessein d'en augmenter la performance, on fait appel aux mathĂ©maticiens et aux gĂ©omĂštres. Le personnel est formĂ© dans des Ă©coles navales, on emploie aussi de la main-d'oeuvre Ă©trangĂšre. Au besoin, on a recours Ă l'espionnage pour percer les secrets de fabrication des ennemis. L'effort est considĂ©rable. Rien qu'en 1673, vingt-six navires et six galĂšres sortent des chantiers de Rochefort, qui emploient alors 20 000 personnes. Dix ans auparavant, ce bourg ne comptait que 500 Ăąmes. En 1677, la marine est en possession de 300 vaisseaux et galĂšres. Mais la RĂ©volution porte un coup Ă cette politique. La libertĂ© de coupe, restaurĂ©e par une loi de 1791, et l'anarchie ambiante livrent les Pau pillage. Le massif forestier s'en trouve rĂ©duit de 500 000 hectares. Le dĂ©but du XIXe siĂšcle voit le retour d'une politique forestiĂšre. C'est ainsi que, depuis prĂšs de deux siĂšcles, la France maintient une gestion rigoureuse de son patrimoine forestier. L'hĂ©ritage lĂ©guĂ© par Colbert se retrouve dans une administration des forĂȘts efficace, de riches massifs forestiers et une conception de l'Ă©conomie faisant de l'Etat un acteur Ă part entiĂšre. » Vocabulaire Parangon modĂšle Mercantilisme Doctrine Ă©conomique des XVI° et XVII° siĂšcles encourageant le dĂ©veloppement du commerce extĂ©rieur afin dâenrichir lâEtat et de renforcer sa puissance. LâEtat intervient dans lâĂ©conomie par des lois protectionnistes et en dĂ©veloppant des infrastructures telles que les manufactures. Fronde rĂ©volte 1648-1653 des nobles du Royaume de France face Ă la montĂ©e de lâautoritĂ© monarchique durant la RĂ©gence dâAnne dâAutriche minoritĂ© de Louis XIV GrĂ©ement Ă©quipement relatif Ă la voilure dâun navire mĂąt, cordage, voiles⊠Baliveau jeune arbre rĂ©servĂ© pour la construction Futaie forĂȘt de grands arbres Ordonnance acte lĂ©gislatif Ă©mis par le Roi Document 3 page 293 Les maĂźtrises du royaume de France en 1661 le Royaume de France est divisĂ© en 9 maĂźtrises, juridictions chargĂ©es de gĂ©rer les forĂȘts. Questions Qui est Colbert en 1669 ? Quel est le contexte forestier en France au milieu du XVII° siĂšcle ? Comment la forĂȘt est-elle perçue par Colbert ? Que dĂ©cide-t-il dâinstaurer pour exploiter avec rationalitĂ© la forĂȘt ? Quel doit ĂȘtre le rĂŽle de lâEtat dâaprĂšs lui ? Quelles furent les consĂ©quences pour les massifs forestiers français ? pour la stratĂ©gie et lâĂ©conomie françaises ? ActivitĂ© n°2 La forĂȘt et la rĂ©volution industrielle, une rupture dans la relation Ă lâespace forestier ? RĂ©flexion Ă partir de la forĂȘt de la Lande de Gascogne Document 1 p 294 Document cf image plus bas dans le blog. Extrait des Annales de gĂ©ographie - 1925 Article de A CavaillĂ©s A partir dâun livre rĂ©cent intitulĂ© Transformation des landes de Gascogne et leur situation actuelle » par A Larroquette- 1925 Questions Dans quelle mesure peut-on dire que la forĂȘt des Landes est une ressource naturelle » ? Qui sont les acteurs de la transformation de ce milieu ? Quel est le principal type dâexploitation de cette forĂȘt ? ActivitĂ© 3 La forĂȘt française Ă lâheure de la transition Ă©cologique, un espace multifonctionnel ou disputĂ© ? Document 5 page 295 Autres documents la vidĂ©o Ă©couter Environnement faut-il interdire lâabattage massif dans les forĂȘts ? Ce vendredi, des dizaines dâaffiches seront collĂ©es dans le Morvan pour dĂ©noncer les coupes rases. Un enjeu Ă©cologique majeur selon les associations. Une parcelle de forĂȘt abattue oĂč quelques souches d'arbres Ă©parses gisent encore au sol comme autant de cadavres. Des troncs transportĂ©s par un engin de chantier sur un vallon ratiboisĂ© par les tronçonneuses. Et en lĂ©gende de ces photos gĂ©antes de 3 m de haut, le mĂȘme message Amazonie? Non, France. Stop aux coupes rases ». ⊠Le phĂ©nomĂšne des coupes Ă blanc se dĂ©veloppe partout sur le territoire, dans le Morvan mais aussi en Auvergne, dans les Landes, en Alsace ou dans le PĂ©rigord », dĂ©nonce le coordinateur des campagnes de CanopĂ©e Sylvain Angerand. D'aprĂšs les associations, le gouvernement prĂ©voit d'augmenter la rĂ©colte de bois de plus de 70 % entre aujourd'hui et 2050 ». L'objectif de la campagne est d'interpeller les dĂ©putĂ©s et le gouvernement pour obtenir une loi interdisant les coupes rases de plus de 2 ha, sauf en cas de motif sanitaire. ⊠Chaque hectare rĂ©coltĂ© doit ĂȘtre intĂ©gralement reboisĂ© » La Suisse a interdit les coupes rases depuis 1976 tandis que l'Allemagne et l'Autriche ont adoptĂ© des rĂ©glementations trĂšs restrictives », affirme l'Ă©lue LFI Mathilde Panot du Val-de-Marne. Il existe actuellement 136 espĂšces d'arbres dans les forĂȘts françaises mais on s'oriente de plus en plus vers un modĂšle d'industrialisation de la gestion forestiĂšre avec une volontĂ© de faire au maximum de la monoculture de rĂ©sineux ». ⊠En dĂ©calage avec les enjeux Ă©cologiques actuels » ContactĂ©e alors par nos soins lors de cette premiĂšre opĂ©ration mĂ©diatique, l'Union de la coopĂ©ration forestiĂšre française UCFF qui reprĂ©sente 110 000 sylviculteurs forestiers privĂ©s, s'Ă©tait vertement dĂ©fendue. Nous n'avons aucun intĂ©rĂȘt Ă saccager les forĂȘts que nous gĂ©rons et si nous effectuons des coupes rases, nous le faisons de maniĂšre professionnelle et maĂźtrisĂ©e, nous expliquait le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'UCFF, Julien Bluteau. Par ailleurs, il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de dĂ©forestation puisque chaque hectare de forĂȘt rĂ©coltĂ© doit ĂȘtre intĂ©gralement reboisĂ© ». Sauf que les partisans de la diversitĂ© en forĂȘt dĂ©noncent les consĂ©quences de ces forĂȘts artificielles » qui remplacent parfois des massifs de chĂȘnes centenaires. Ces forĂȘts plantĂ©es sont moins rĂ©sistantes aux maladies et au rĂ©chauffement, attirent moins d'oiseaux, d'insectes et on y voit moins de champignons, Ă©numĂšre Mathilde Panot. Et puis quel effet terrible sur le paysage quand la coupe rase a Ă©tĂ© effectuĂ©e ». Ces pratiques ne sont plus acceptĂ©es par la sociĂ©tĂ© et en dĂ©calage avec les enjeux Ă©cologiques actuels, estime Sylvain Angerand. Avec cette campagne, nous voulons plus largement ouvrir le dĂ©bat sur l'avenir des forĂȘts en France ». Source Le Parisien, 05/06/2020 Qui sont les diffĂ©rents utilisateurs, usagers et quelles sont les diffĂ©rentes fonctions de la forĂȘt en France ? Quels conflits naissent entre ces diffĂ©rents usagers et utilisateurs de la forĂȘt ? Quels sont les enjeux Ă©conomiques, environnementaux liĂ©s Ă lâutilisation et Ă la protection de cet espace ?
Tous les podcasts de cours de 1Ăšre et Terminale en đ ! 18 Episodes About No result for your searchđ€·ââïž Tale â Exploiter, prĂ©server et protĂ©ger đ 11 min / November 19, 2021 Tale â Le changement climatique approches historique et gĂ©opolitique đ 18 min / November 18, 2021 Tale â La connaissance, enjeu politique et gĂ©opolitique đ 12 min / September 6, 2021 Tale â Qu'est-ce que l'environnement ? đ 8 min / September 6, 2021 1Ăšre â Les frontiĂšres internes et externes de l'Union europĂ©enne đ 1Ăšre 13 min / June 1, 2021 1Ăšre â Les frontiĂšres en dĂ©bat đ 1Ăšre 12 min / May 27, 2021 1Ăšre â Les frontiĂšres dans le monde aujourd'hui đ 1Ăšre 5 min / May 22, 2021 Tale â Produire et diffuser des connaissances đ 17 min / May 22, 2021 Tale â La connaissance en partage đ 11 min / May 19, 2021 Tale â Le Moyen-Orient conflits rĂ©gionaux et tentatives de paix đ 35 min / May 17, 2021 Tale â L'histoire et les mĂ©moires du gĂ©nocide des Juifs et des Tsiganes đ 18 min / May 4, 2021 Tale â Histoire, mĂ©moire et justice đ 14 min / April 27, 2021 Tale â Histoire et mĂ©moires des conflits đ 19 min / April 2, 2021 Tale â La France et le patrimoine, des actions de valorisation đ 10 min / March 29, 2021 Tale â Patrimoine, la prĂ©servation entre tensions et concurrences đ 8 min / March 17, 2021 Tale â Usages sociaux et politiques du patrimoine đ 19 min / March 13, 2021 Tale â Histoire et mĂ©moire, histoire et justice đ 14 min / February 16, 2021 1Ăšre â Tracer des frontiĂšres, approche gĂ©opolitique đ 1Ăšre 24 min / April 29, 2020
CorrigĂ©L'introduction [Analyse du sujet] Une frontiĂšre est, selon le gĂ©ographe Yves Lacoste, la limite territoriale entre deux souverainetĂ©s politiques. Plus l'Ătat est puissant et plus les techniques de localisation sont prĂ©cises, plus la frontiĂšre est fine et bien tracĂ©e. Au contraire, un Ătat qui contrĂŽle difficilement son territoire est entourĂ© de zones frontaliĂšres mal maĂźtrisĂ©es et instables qui sont des espaces favorables au dĂ©veloppement de conflits. C'est le rapport de force qui conduit Ă l'Ă©tablissement d'une frontiĂšre celle-ci est donc un objet politique liĂ© aux Ătats et aux conflits. Les frontiĂšres et leur tracĂ© apparaissent comme la cause, l'objectif et le rĂ©sultat de conflits territoriaux.[ProblĂ©matisation] Aux xviie et xixe siĂšcles, les conflits interĂ©tatiques europĂ©ens avaient souvent pour objectif une modification du tracĂ© des frontiĂšres des Ătats. Cet objectif pouvait devenir fortement mobilisateur parmi la population car, si les frontiĂšres ont une valeur stratĂ©gique, elles possĂšdent aussi une dimension symbolique forte qui dĂ©passe de loin la dimension purement politique. Au cours des xxe et xxie siĂšcles, la mondialisation favorise la multiplication des Ă©changes et des liens entre les territoires et l'ouverture d'un certain nombre de frontiĂšres. Elle entraĂźne ainsi l'Ă©mergence de conflits Ă une nouvelle Ă©chelle ces nouveaux conflits se jouent des frontiĂšres, et se dĂ©ploient Ă l'Ă©chelle mondiale, comme dans le cas du djihadisme islamiste. Les travaux de Michel Foucher soulignent pourtant la permanence des frontiĂšres, et mĂȘme leur durcissement. Une analyse Ă plus grande Ă©chelle rĂ©vĂšle ainsi que les frontiĂšres demeurent un objet dont le contrĂŽle est fondamental pour les Ătats, afin d'affirmer leur souverainetĂ©. [Annonce du plan] Nous allons montrer que si la mondialisation signifie l'effacement des frontiĂšres dans certains domaines, celles-ci demeurent un enjeu majeur de conflits dans le monde contemporain, mais plus seulement pour les Ătats, qui sont dĂ©sormais concurrencĂ©s par d'autres acteurs dans leur effort pour dĂ©finir et contrĂŽler les TracĂ© des frontiĂšres et conflitsLe systĂšme westphalien reconnaĂźt la souverainetĂ© des Ătats sur leur territoire national, dĂ©limitĂ© par des frontiĂšres. La frontiĂšre est ainsi un enjeu de pouvoir important pour les Ătats, qui doivent en assurer la permanence face aux ennemis extĂ©rieurs, mais aussi face aux oppositions Les conflits interĂ©tatiques pour le tracĂ© des frontiĂšresAucune frontiĂšre n'est naturelle, mais cette idĂ©e, dĂ©veloppĂ©e par Danton en 1793, a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour justifier l'extension du territoire français jusqu'au Rhin. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les conflits interĂ©tatiques entre puissances europĂ©ennes, du xviiie au xxe siĂšcle, ont souvent pour objet le contrĂŽle et l'extension de leurs frontiĂšres. C'est le cas notamment des guerres entre la France et l'Allemagne pour la France, la PremiĂšre Guerre mondiale vise Ă rĂ©cupĂ©rer l'Alsace et la Moselle que l'Allemagne avait annexĂ©es en 1870. Les cartes scolaires françaises prĂ©sentant ces territoires en violet, couleur du deuil, entre 1870 et 1914 montrent bien l'enjeu de mobilisation collective que peuvent revĂȘtir les frontiĂšres pour prĂ©parer un Les conflits sĂ©paratistesLes frontiĂšres d'un Ătat peuvent Ă©galement ĂȘtre contestĂ©es de l'intĂ©rieur, dans le cas oĂč une rĂ©gion souhaite s'affranchir de l'Ătat et tracer une nouvelle frontiĂšre. De nombreux conflits mĂšnent ainsi au sĂ©paratisme. Au xixe siĂšcle, les nationalitĂ©s » souhaitent s'affranchir des empires qui les dominent c'est le cas par exemple des Grecs qui mĂšnent une longue guerre d'indĂ©pendance face Ă l'Empire ottoman Ă partir de 1821, ou des Serbes face Ă l'Empire austro-hongrois l'assassinat de l'archiduc par un indĂ©pendantiste serbe est l'Ă©tincelle qui dĂ©clenche la PremiĂšre Guerre mondiale. Le tracĂ© des frontiĂšres entraĂźne relativement peu de conflits entre les nouveaux Ătats au moment de la dĂ©colonisation il faut cependant mentionner le cas d'IsraĂ«l et de la guerre de 1948, mais le sĂ©paratisme demeure aux xxe et xxie siĂšcles une cause importante de conflits. Ainsi, le Soudan du Sud obtient son indĂ©pendance en 2011 au terme d'un conflit sanglant avec le Mondialisation et conflits transfrontaliersLa mondialisation est l'occasion pour de nouveaux acteurs, organisations terroristes, Ătats interventionnistes ou groupes armĂ©s, d'outrepasser les frontiĂšres ou de les utiliser pour s'investir dans des conflits qui prennent ainsi une dimension La multiplication des conflits transfrontaliersAu cours des xxe et xxie siĂšcles, dans les espaces oĂč les frontiĂšres sont plus fragiles ou moins marquĂ©es, les conflits prennent une dimension transfrontaliĂšre, c'est-Ă -dire qu'ils impliquent de plus en plus des acteurs internationaux qui outrepassent volontiers les frontiĂšres des Ătats. On peut mentionner la deuxiĂšme guerre du Congo qui voit s'affronter, entre 1998 et 2003, de nombreux pays et groupes armĂ©s par rebond de conflits internes. Comme l'Ă©crit Roland Pourtier, les crises internes Ă tel ou tel [pays] ont Ă©tĂ© exportĂ©es chez les voisins, aucune frontiĂšre n'Ă©tant en mesure de les endiguer. Elles ont fini par crĂ©er un vĂ©ritable systĂšme rĂ©gional de guerre », dont le bilan est 3 millions de morts. Plus rĂ©cemment, le conflit en Syrie Ă partir de 2011 voit les interventions de multiples acteurs Ă©trangers sur le sol syrien la Russie, la Turquie, une coalition internationale menĂ©e par les Ătats-Unis, le Hezbollah, les gardiens de la rĂ©volution iranienne, le parti des travailleurs du Kurdistan PKK, etc. Tous y voient l'occasion d'agir pour dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts sur un territoire dont les frontiĂšres sont mises Ă mal par la guerre Le terrorisme mondialisĂ©, un conflit sans frontiĂšres ?Depuis les annĂ©es 1990 et surtout 2000, des rĂ©seaux islamistes s'appuient sur l'idĂ©e de guerre sainte pour promouvoir un terrorisme Ă l'Ă©chelle mondiale. C'est le cas d'Al-Qaida et de l'Ătat islamique, qui ont tous deux prĂŽnĂ© la lutte contre le christianisme et l'Occident dans le monde entier. Al-Qaida est l'exemple d'un rĂ©seau clandestin transnational, tandis que l'Ătat islamique est basĂ© sur un territoire dont il refuse les frontiĂšres existantes. Ainsi, en juin 2014, la destruction de la frontiĂšre entre l'Irak et la Syrie, issue des accords franco-britanniques Sykes-Picot de 1916, est dĂ©truite en grande pompe par l'Ătat islamique. Pour cette organisation qui se proclame califat, c'est le signe d'un retour Ă l'unitĂ© politique de l'islam. NĂ©anmoins, malgrĂ© des attentats meurtriers et spectaculaires aux Ătats-Unis 11 septembre 2001 et en Europe 13 novembre 2015 en France, ces deux organisations ont surtout frappĂ© dans les pays musulmans explosion d'un vĂ©hicule piĂ©gĂ© Ă Bagdad, Irak, le 3 juillet 2016 ; triple attentat contre deux mosquĂ©es de Sanaa, YĂ©men, le 20 mars 2015. MalgrĂ© des discours et des ambitions d'Ă©chelle mondiale, le terrorisme islamiste demeure donc Multiplication et durcissement des frontiĂšresLe gĂ©ographe Michel Foucher insiste sur la permanence et le durcissement des frontiĂšres depuis la chute de l'URSS. Leur ouverture, aux flux financiers par exemple, n'est pas le signe d'un affaiblissement dans tous les domaines, bien au contraire leur tracĂ© et leur contrĂŽle sont un enjeu important d'affirmation de la souverainetĂ© nationale dans un contexte de mondialisation oĂč elle semble De nouvelles frontiĂšresMichel Foucher souligne la crĂ©ation massive de nouvelles frontiĂšres aprĂšs la guerre froide. Au dĂ©but du xxie siĂšcle, on assiste ainsi Ă une augmentation du nombre de conflits sĂ©paratistes et Ă une multiplication des frontiĂšres existantes. La chute de l'URSS et l'Ă©clatement de la Yougoslavie provoquent la crĂ©ation de nombreux Ătats, mais on continue d'assister par la suite Ă des partitions dans diffĂ©rentes rĂ©gions du monde au Timor en 2002, au Kosovo en 2008, au Soudan en 2011. Depuis 1991, on compte 25 000 km de nouvelles frontiĂšres. Comme l'Ă©crit Philippe Boulanger, sur tous les continents, une tendance Ă la nĂ©gociation et Ă la dĂ©limitation des frontiĂšres s'est accĂ©lĂ©rĂ©e ». Cette tendance s'explique sans doute parce que les frontiĂšres, alors que la mondialisation induit un changement d'Ă©chelle, donnent le sentiment de conserver ou de reprendre le contrĂŽle sur un Le durcissement du contrĂŽle des frontiĂšres face aux migrationsLe contrĂŽle des frontiĂšres, dans le contexte de la mondialisation, est une façon pour les Ătats d'assurer le maintien de leur souverainetĂ©. Certains Ătats assurent ainsi une militarisation de leurs frontiĂšres pour lutter contre l'immigration la construction d'un mur sĂ©parant les Ătats-Unis et le Mexique, bien que dĂ©jĂ entamĂ©e depuis 2006, est une promesse centrale pendant la campagne de Donald Trump. Par ailleurs, en IsraĂ«l, Ă partir du dĂ©but des annĂ©es 2000, le gouvernement lance la construction d'un mur de sĂ©paration en Cisjordanie, encerclant les territoires palestiniens. Cela permet de lutter efficacement contre les attentats-suicides et de protĂ©ger les citoyens israĂ©liens, mais aussi d'affirmer le contrĂŽle de l'Ătat d'IsraĂ«l en Cisjordanie. Selon Michel Foucher, on pouvait compter, en 2010, 18 000 km de murs et de barriĂšres dĂ©limitant des frontiĂšres terrestres, signe d'un durcissement du contrĂŽle des frontiĂšres par les conclusionLes frontiĂšres Ă©taient l'un des enjeux de conflits majeurs entre puissances westphaliennes du xviie au xxe siĂšcle. Mais elles n'ont pas perdu leur importance avec la mondialisation, bien au contraire, et les conflits contemporains ont encore trĂšs souvent la frontiĂšre pour enjeu. Le tracĂ© d'une frontiĂšre est le corollaire du rĂšglement de bien des conflits, et l'enjeu de nĂ©gociations des traitĂ©s de paix. La sĂ©paration apparaĂźt donc comme la solution aux conflits, ce qui explique l'augmentation du nombre de frontiĂšres depuis la fin de la guerre froide. La dimension symbolique des frontiĂšres demeure manifeste, tant de la part des Ătats que des groupes qui les contestent, et, dans un but politique, la frontiĂšre est souvent mise en scĂšne dans son contrĂŽle, son franchissement ou, plus rarement, sa destruction.
ï»żDans le cadre du concours commun 1 A de Sciences Po 2017, le thĂšme de la MĂ©moire nous impose de voir les liens entre celle-ci et lâHistoire. Nous sommes dans des temps oĂč Histoire et MĂ©moire se confondent quotidiennement dans une mĂ©diatisation et une spectacularisation », dĂ©mesurĂ©es parfois, de tout ce qui a trait au passĂ©. On peut citer Ă titre dâexemple les rĂ©cents dĂ©bats pendant la campagne prĂ©sidentielle sur la dĂ©colonisation, le rĂ©gime de Vichy, la rafle du Vel dâHiv⊠Du bain tĂ©lĂ©visuel oĂč se coulent indistinctement commĂ©morations, documentaires et fictions, pour comprendre ce que reprĂ©sente la MĂ©moire, il paraĂźt plus quâurgent de dĂ©gager et dâisoler les Ă©lĂ©ments et de procĂ©der Ă une remise au point terminologique afin dâen observer les liens mĂȘme avec lâHistoire. Cette approche se veut donc philosophique, au sens oĂč, de lâexploration des dĂ©finitions et des concepts en prĂ©sence, peut faire naĂźtre une analyse des problĂšmes qui en dĂ©coulent. Les dĂ©finitions ou concepts La MĂ©moire, les MĂ©moires⊠Les dĂ©finitions ou concepts varient selon le singulier ou le pluriel du terme. Il faudra donc faire extrĂȘmement attention au libellĂ© du sujetâŠavec ou sans S ». La mĂ©moire La mĂ©moire est justement la facultĂ© par laquelle on se souvient, on se rend prĂ©sent Ă lâesprit, ou on maintient en lui, ce qui nâest plus. Le mot vient du latin memoria. Les grecs reprĂ©sentaient la MĂ©moire sous les traits de MnĂšmosyne, divinitĂ© primitive, fille dâOuranos et de GaĂŻa. De fait, la MĂ©moire est lâune des plus anciennes dĂ©esses de lâHumanitĂ©. Par ce mythe, on rappelle aussi que le dĂ©sir de se souvenir, de retenir le temps qui passe ou de chercher celui qui est perdu est la source vive de la crĂ©ation artistique. La mĂ©moire dĂ©signe ici aussi bien le processus par lequel lâesprit fait retour sur le passĂ© pour se le reprĂ©senter, que le rĂ©sultat de ce travail ; aussi bien la facultĂ© de reprĂ©sentation du passĂ©, que la reprĂ©sentation elle-mĂȘme. Mais la mĂ©moire, facultĂ© de se souvenir, ne sâoppose pas comme on le croirait peut-ĂȘtre un peu vite Ă lâoubli, facultĂ© dâeffacer, comme lâĂ©crit justement T. Todorov dans Les abus de la mĂ©moire Il faut rappeler une Ă©vidence câest que la mĂ©moire ne sâoppose nullement Ă lâoubli. Les deux termes qui forment contraste sont lâeffacement lâoubli et la conservation ; la mĂ©moire est, toujours et nĂ©cessairement, Les MĂ©moires Câest un genre littĂ©raire qui relĂšve de lâĂ©criture de soi mais qui se distingue toutefois nettement de lâautobiographie, des confessions ou encore des souvenirs. Si lâautobiographie cherche Ă restaurer a posteriori la cohĂ©rence dâune vie, un parcours, un itinĂ©raire, les confessions sont des aveux qui supposent des fautes et demandent au lecteur son pardon, les souvenirs enfin se prĂ©sentent comme le recueil discontinu dâĂ©vĂšnement passĂ© que leur charge affective a rendu mĂ©morables. LâHistoire LâHistoire est une notion problĂ©matique par elle-mĂȘme, du seul fait de sa polysĂ©mie Ă savoir la diversitĂ© de ses acceptions. Elle peut dĂ©signer en effet Aujourdâhui, comme les confidences ont remplacĂ© les confessions, les tĂ©moignages tiennent Ă prĂ©sent lieu de MĂ©moires » et les journalistes jouent le rĂŽle de mĂ©morialistes ou, comme ils le disent eux-mĂȘmes de chroniqueurs ». Les MĂ©moires ne retiennent du passĂ© de leur auteur que ce qui a contribuĂ© au passage de lâHistoire. Les MĂ©moires sĂ©lectionnent la grandeur et invitent Ă saisir une expĂ©rience individuelle dans un destin collectif. Dâune part la transformation dans le temps des sociĂ©tĂ©s humaines histoire de FranceâŠ, et par extension des individus Histoire des pionniersâŠ, mais aussi par une extension dĂ©mesurĂ©e du concept dâĂ peu prĂšs tout ce qui est susceptible dâĂ©voluer dans le temps histoire de lâanarchieâŠ. Dâautre part, câest aussi le rĂ©cit de cette transformation, sa tentative dâexplication, dans un souci dâobjectivitĂ© et de rigueur pour ce qui concerne la discipline historique proprement dite. Par suite, on parlera dâhistoire dĂšs quâil sâagit de raconter quelque chose, quâil sâagisse de rĂ©alitĂ© ou de fiction. Enfin, au pluriel, des histoires » dĂ©signe prĂ©cisĂ©ment des ennuis ou encore des problĂšmes issus de cette polysĂ©mie sont de nature et de degrĂ©s variables Tout dâabord, lâHistoire dĂ©signe aussi bien un processus que le rĂ©cit qui en est fait ce que recouvre la distinction faite en allemand entre Historie et Geschischte. De plus, ce qui est plus gĂȘnant, il peut sembler Ă©nigmatique dâenvisager sous le mĂȘme terme le rĂ©cit vĂ©race et Ă©clairĂ© des Ă©vĂ©nements du passĂ©, et le rĂ©cit fictif de la fable par outre le fait que lâon ait affaire dans les deux cas au rĂ©cit prĂ©cisĂ©ment, et donc au langage, câest la notion de reprĂ©sentation qui peut dâabord permettre de comprendre cette difficultĂ©. La reprĂ©sentation Toute histoire, par son rĂ©cit, donne une reprĂ©sentation dâĂ©vĂ©nements, une image mentale de ce qui, prĂ©cisĂ©ment, nâest pas prĂ©sent. LâHistoire cherche donc Ă rendre prĂ©sents Ă nouveau des Ă©vĂ©nements qui, Ă©tant passĂ©s, ne le sont plus. Câest ainsi fatalement quâelle aura Ă faire avec la mĂ©moire. Câest ainsi quâHistoire et MĂ©moire semblent donc de prime abord, indissociables, comme autant de moyens de se rendre prĂ©sent Ă lâesprit un passĂ© qui nâest plus. Poursuivons donc notre article dans les concepts Ă travers la question prĂ©cise de ces relations quâentretiennent lâHistoire et la MĂ©moire. Mais il serait trop facile de penser que nous avons affaire ici Ă un couple dâamants, dont les relations sont dâautant plus ambivalentes que les notions elles-mĂȘmes bien souvent infidĂšles comme lâoubli ou lâimagination, ou liĂ©es Ă dâautres notions comme les sulfureuses valeurs, morale, identitĂ©âŠ. Or, il y a deux maniĂšres de ne pas ĂȘtre prĂ©sent soit en nâĂ©tant pas du tout dans le cas des fictions, qui inventent des Ă©vĂ©nements, soit en nâĂ©tant plus dans le cas de lâHistoire qui reconstruit ce qui est passĂ© dans une reprĂ©sentation. Il faut donc, pour sauver lâHistoire, tiraillĂ©e entre deux dĂ©finitions contradictoires, chercher ce qui a de commun entre ces deux rĂ©cits. 2. Quelles relations entre Histoire et MĂ©moire De la communautĂ© Ă la sĂ©paration Histoire et mĂ©moire vivent ainsi sous le rĂ©gime commun de notions, Ă lâintĂ©rieur duquel il faudra procĂ©der Ă quelques distinctions. Toutes deux conduisent Ă des reprĂ©sentations du passĂ©, ce qui amĂšne Ă prĂ©ciser la dĂ©finition de lâHistoire. Faire lâHistoire nâest pas raconter des histoires » ; en effet, dans ce dernier cas, câest le rĂ©cit qui importe, plus que la vĂ©racitĂ© de son contenu. Or le rĂ©cit historique est plus une relation dâĂ©vĂ©nements passĂ©s censĂ©s avoir eu lieu, et une relation dans les deux sens du terme relater, câest-Ă -dire retracer, retranscrire, refaire connaĂźtre, mais aussi mettre en relation ces Ă©vĂ©nements pour en montrer la lisibilitĂ©. LâHistoire produit donc une reprĂ©sentation travaillĂ©e, Ă©laborĂ©e, alors que la fiction relĂšve de lâimagination pure, qui nâa pas besoin de se rĂ©fĂ©rer au rĂ©el. Aussi entre Histoire et mĂ©moire, y a-t-il un mĂȘme souci du passĂ©, le mĂȘme rejet de lâinvention, mais la premiĂšre cultive, face aux Ă©vĂ©nements, une distance critique que, par nature, la mĂ©moire peine Ă avoir et Ă maintenir. Ce problĂšme ne se limite pas Ă une opposition entre lâobjectivitĂ© quasi scientifique Ă laquelle aspire lâhistorien dans ses recherches, et la subjectivitĂ© sĂ©lective dâune mĂ©moire toujours connotĂ©e, engagĂ©e. Il y a ainsi des enjeux de la mĂ©moire auxquels lâhistorien doit faire face tout en tĂąchant de sâen abstraire pour construire une relation » la plus juste possible du passĂ© La mĂ©moireest toujours engagĂ©e car lâindividu met en elle son identitĂ© mĂȘme identitĂ© construite au fil dâĂ©vĂ©nements cruciaux de son existence ; engagĂ©e aussi, lorsquâelle est collective, allant de pair avec des revendications tout aussi identitaires, voire politiques, morales. Le problĂšme est classique lâhistorien a besoin, entre autres choses bien sĂ»r, des diffĂ©rentes manifestations de la mĂ©moire. Histoire et besoin de MĂ©moire Pour lâhistorien comme pour celui qui se remĂ©more, lâimagination est donc un outil nĂ©cessaire, mais qui appelle la plus grande vigilance, ce qui nous conduit Ă un autre aspect des relations entre les deux notions. La MĂ©moire est la facultĂ© de convoquer, de retrouver des images du passĂ© mais, sauf erreur, elle nâen crĂ©e pas de nouvelles, et introduit dans la reprĂ©sentation un aspect temporel, dont lâimaginaire pur peut faire lâĂ©conomie. En effet, en tant que facultĂ© de produire des images, elle intervient dans la reprĂ©sentation et y rĂ©vĂšle son caractĂšre ambivalent, surtout concernant la MĂ©moire. Lâimagination sâavĂšre ainsi ĂȘtre un concept aussi crucial que problĂ©matique pour penser les relations entre la MĂ©moire et lâHistoire. Dâune part, lâhistorien se confronte Ă une mĂ©moire toujours susceptible de dĂ©faillir, et ses dĂ©faillances possibles sont multiples, allant de lâoubli Ă la production dâimages fictives dâoĂč le problĂšme de la crĂ©dibilitĂ© des tĂ©moins, en passant par la sĂ©lection ou lâaltĂ©ration des souvenirs. Dâautre part, la mĂ©moire collective a toujours tendance Ă faire pression » sur lâHistoire, exigeant dâelle une caution scientifique, un travail de lĂ©gitimation qui n est pas du ressort de lâhistorien en quĂȘte dâune autre lĂ©gitimitĂ©. Ce livre qui pense la pratique officielle et privĂ©e du souvenir est intĂ©ressant car il appelle Ă la vigilance. Dans son livre Les abus de la mĂ©moire 2004, Todorov cite Jacques Le Goff La mĂ©moire ne cherche Ă sauver le passĂ© que pour servir au prĂ©sent et Ă lâavenir. Faisons-en sorte que la mĂ©moire collective serve Ă la libĂ©ration et non Ă lâasservissement des hommes ». Ces abus peuvent avoir en effet deux consĂ©quences Todorov les met en exergue dans son ouvrage les abus de la mĂ©moire » Les effets des abus de la mĂ©moire Tout comme la philosophie a Ă©tĂ© la servante de la religion, lâhistoire doit lutter plus que jamais pour ne pas ĂȘtre celle de la mĂ©moire, toujours en proie Ă la tentation de remplacer une comprĂ©hension du passĂ© par la rĂ©pĂ©tition obsessionnelle et compulsive de lâĂ©vĂ©nement qui la hante et la justifie en mĂȘme temps. Dâune part, quâelle soit individuelle ou collective, une mĂ©moire qui parasite la quĂȘte de vĂ©racitĂ© de la reprĂ©sentation par son caractĂšre traumatique et envahissant, empĂȘche lâindividu ou le peuple de prendre en main son prĂ©sent et dâenvisager lâavenir sainement. Les critĂšres de sĂ©lection historiques doivent chercher lâindĂ©pendance face Ă de telles influences, au risque de produire une histoire orientĂ©e, voire doctrinaire dâun point de vue idĂ©ologique. Dâautre part, il nây a pas une, mais des mĂ©moires, qui toutes revendiquent leur lĂ©gitimitĂ© ; et le problĂšme de cette diversitĂ© des mĂ©moires nâest pas tant de savoir laquelle est la plus fidĂšle au passĂ©, que le fait que chacune dâelles a une raison dâĂȘtre, chacune cherche Ă faire entendre sa voix.Cf. article sur ce blog de lâexemple des MĂ©moires sur la guerre dâAlgĂ©rie. Il semble quâil appartienne Ă lâhistorien, et quâil soit mĂȘme de son devoir, de se positionner face Ă la tendance naturellement envahissante de la mĂ©moire. Il doit rĂ©affirmer son rĂŽle critique, le caractĂšre indĂ©pendant de son travail, qui relĂšve dâune discrimination de la mĂ©moire et du souvenir. En ce sens, la mĂ©moire reste un outil essentiel de la recherche historique, et reste lâobjet aussi de lâhistoire, mais ne saurait en devenir le sujet ou lâinitiatrice. En parallĂšle je vous livre quelques auteurs rĂ©fĂ©rents sur ce thĂšme et quâil serait bon de lire avant le jour J ». Les Penseur » de la mĂ©moire en historien RĂŽle critique de celui qui cherche, non pas simplement Ă convoquer le passĂ©, mais Ă lâĂ©lucider, le mettre en lumiĂšre, au service dâune connaissance comprĂ©hensive des Ă©vĂ©nements historiques, au service aussi dâune disponibilitĂ© plus consciente et avertie Ă notre propre prĂ©sent. Il y aurait encore nombre dâhistoires » Ă raconter au sujet de ce couple tumultueux, mais il faut, du moins provisoirement, solder leurs comptes respectifs et communs. Conclusion Il est important de rappeler en dernier lieu que lâhistoire est science, mais science humaine, et quâil lui est donc aussi nĂ©cessaire, pour ne pas ĂȘtre une simple chronologie, pour ne pas forcer non plus la raison des Ă©vĂ©nements, de se confronter aux mĂ©moires du passĂ© comme du prĂ©sent. Faire et enseigner lâhistoire des mĂ©moires Ă lâĆuvre dans ces mĂȘmes sociĂ©tĂ©s, peut sâavĂ©rer, dans ces conditions, un travail aussi passionnant quâil est essentiel. Il semble en effet que toute sociĂ©tĂ© mette en place suffisamment de relais de transmission de la mĂ©moire, pour laisser lâhistorien, dans ses recherches comme face Ă ses Ă©lĂšves, ses Ă©tudiants, ses lecteurs et ses pairs, faire et enseigner lâhistoire. Si la mĂ©moire se transmet, lâhistoire sâenseigne. Ce dernier serait dâailleurs en mesure de faire une histoire des mĂ©moires qui, dans leur Ă©volution, leurs conflits, les processus quâelles traversent, ont tous les caractĂšres de lâobjet historique. Or lâhistorien nâest le mĂ©dium dâaucune mĂ©moire, dont les relais sont dâune autre nature ; lâĂ©mergence de lâune, la prééminence ou le silence des autres, toutes ces manifestations rĂ©pondent Ă des conditions politiques et Ă des intĂ©rĂȘts qui ne sont pas ceux de lâhistorien. Lâhistorien, fondateur de mĂ©moire chez Jules Michelet Lâhistoire, mĂ©moire de lâhumanitĂ© la pensĂ©e de Charles PĂ©guy Paul RicĆur, penseur dâune mĂ©moire historique apaisĂ©e Ouvrage Ă lire Les Lieux de mĂ©moire de Pierre Nora
Soixante ans aprĂšs l'indĂ©pendance de l'AlgĂ©rie, les acteurs et hĂ©ritiers de cette guerre peinent Ă s'entendre autour d'une histoire douloureuse et conflictuelle. Franceinfo a interrogĂ© l'historien Benjamin Stora, auteur d'un rapport sur ces questions mĂ©morielles."Il ne s'agit plus de dĂ©chiffrer pas Ă pas un destin dĂ©jĂ Ă©crit au ciel mais d'Ă©crire le prĂ©sent comme une histoire que les siĂšcles futurs sauront lire", Ă©crit Alice Zeniter dans son roman L'Art de perdre, qui retrace l'Ă©popĂ©e d'une famille de harkis durant la guerre d'AlgĂ©rie. Soixante ans aprĂšs la signature des accords d'Evian, le 18 mars 1962, qui proclamĂšrent un cessez-le-feu et ouvrirent la voie Ă l'indĂ©pendance de l'AlgĂ©rie en juillet, les acteurs de cette guerre et leurs descendants continuent de se diviser sur cette histoire douloureuse. Quelles sont les traces et les effets des mĂ©moires de la colonisation et de la guerre dâAlgĂ©rie sur la sociĂ©tĂ© française ? Quel statut donner aux souvenirs de chacun ? Comment Ă©crire un rĂ©cit commun ? Franceinfo a interrogĂ© l'historien Benjamin Stora, auteur d'un rapport sur la mĂ©moire de la colonisation et de la guerre dâAlgĂ©rie. Il est Ă©galement l'auteur de France-AlgĂ©rie, les passions douloureuses 2021, Albin Michel. Franceinfo En France, combien de personnes sont aujourd'hui concernĂ©es par la guerre d'AlgĂ©rie ? Benjamin Stora Parmi ceux qui ont vĂ©cu la guerre d'AlgĂ©rie, il y a le groupe le plus important, celui des appelĂ©s du contingent. Plus d'un million et demi de soldats ont Ă©tĂ© envoyĂ©s de mĂ©tropole en AlgĂ©rie. Ensuite, il y a eu un million d'EuropĂ©ens d'AlgĂ©rie, les pieds-noirs. Pendant la guerre, il y avait dĂ©jĂ 400 000 immigrĂ©s algĂ©riens en mĂ©tropole, auxquels s'ajoutent 500 000 autres AlgĂ©riens venus aprĂšs l'indĂ©pendance. En 1962, il y avait donc en France environ 3,5 millions de personnes nĂ©es en AlgĂ©rie ou qui y ont vĂ©cu. Il faut bien sĂ»r ajouter le groupe important des harkis supplĂ©tifs musulmans de lâarmĂ©e française et leurs enfants, soit 200 000 personnes environ, puis tous les gens mĂȘlĂ©s, les opposants, ceux qui ont construit leur parti politique durant la guerre, les "porteurs de valise" militants soutiens du Front de libĂ©ration nationale. Avec les descendants, on estime qu'il y a entre 6 et 7 millions de personnes concernĂ©es aujourd'hui en France par la guerre. A l'indĂ©pendance de l'AlgĂ©rie, quelle a Ă©tĂ© l'attitude de la France vis-Ă -vis des acteurs de cette guerre ? TrĂšs vite, il a fallu tourner la page de cette guerre pour diffĂ©rentes raisons. La France sortait de plusieurs dĂ©cennies de conflits, la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'Indochine, puis la guerre d'AlgĂ©rie. Il y avait une volontĂ© trĂšs nette d'une immense majoritĂ© de la population de connaĂźtre la paix. MĂȘme si la guerre d'AlgĂ©rie, qu'on a longtemps appelĂ© "les Ă©vĂ©nements", "la guerre sans nom", semblait lointaine depuis la mĂ©tropole, la France vivait en situation d'angoisse, d'anxiĂ©tĂ© de la guerre, et il y avait un grand dĂ©sir d'oubli. Puis les annĂ©es 1960 marquent le dĂ©but des Trente Glorieuses, il y a une volontĂ© de consommation, de voyages. La France veut entrer dans la modernitĂ© Ă©conomique. Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle veut rĂ©orienter le poids gĂ©opolitique de la France vers la construction europĂ©enne et l'axe Paris-Bonn Allemagne. Pour les dirigeants politiques, il y a un dĂ©sintĂ©rĂȘt vis-Ă -vis de l'ensemble des populations du Sud, tĂ©moins d'une Ă©poque qui reprĂ©sente l'ancien temps, le temps de l'Empire, de la colonisation. Dans votre ouvrage La GangrĂšne et l'oubli, vous expliquez comment l'Etat a organisĂ© cet oubli⊠Il y a eu une volontĂ© de l'Etat d'effacer cette histoire. De nombreuses mesures d'amnistie sont instaurĂ©es dĂšs 1962. La premiĂšre figure dans les accords d'Evian, oĂč il est dĂ©cidĂ© qu'on ne peut pas juger les responsables des exactions commises durant la guerre. Ensuite, il y a la loi de 1968 qui attribue l'amnistie pĂ©nale aux militants de l'AlgĂ©rie française et de l'OAS, et qui leur permet de revenir en France. En 1974, sous ValĂ©ry Giscard d'Estaing, des lois effacent toutes les condamnations prononcĂ©es pendant ou aprĂšs la guerre d'AlgĂ©rie. En 1982, François Mitterrand rĂ©intĂšgre dans l'armĂ©e française les principaux gĂ©nĂ©raux putschistes, avec grades, pensions et dĂ©corations. "Il n'y a jamais eu de procĂšs sur la guerre d'AlgĂ©rie en France. Personne n'a Ă©tĂ© poursuivi." Benjamin StoraĂ franceinfo A l'Ă©poque, l'oubli est aussi voulu par la sociĂ©tĂ© française. Les personnes qui ont vĂ©cu la guerre avaient "intĂ©rĂȘt" Ă oublier, il y avait une volontĂ© de surmonter le deuil, les Ă©preuves. Il n'y a pas eu d'opposition sur ces lois d'amnistie, pas de revendications. La demande d'abrogation de ces textes viendra plus tard avec le rĂ©veil mĂ©moriel des enfants et petits-enfants dans les annĂ©es 2000. Quelle a Ă©tĂ© l'Ă©volution du discours des prĂ©sidents français Ă ce sujet ? Pour le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, Georges Pompidou, ValĂ©ry Giscard d'Estaing et jusqu'Ă François Mitterrand, le discours a Ă©tĂ© trĂšs simple. Il s'est focalisĂ© sur le partenariat Ă©conomique avec l'AlgĂ©rie, pays qui restait trĂšs important, notamment avec l'exploitation du gaz et du pĂ©trole dans le Sahara. Il y a aussi eu des accords sur la gestion des migrations entre les deux pays. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, le discours change avec Jacques Chirac. En 2005, l'ambassadeur de France en AlgĂ©rie, Hubert Colin de VerdiĂšre, condamne pour la premiĂšre fois les massacres de SĂ©tif, Guelma et Kherrata [rĂ©pressions sanglantes survenues le 8 mai 1945, en AlgĂ©rie, pendant des manifestations indĂ©pendantistes]. En 2008, Ă Constantine, Nicolas Sarkozy condamne le systĂšme colonial. En 2012, Ă Alger, François Hollande reconnaĂźt les souffrances infligĂ©es par la colonisation. Ces discours sont des gestes de reconnaissance de l'histoire, ils condamnent le colonialisme, mais sans nommer des actes prĂ©cis. Emmanuel Macron marque-t-il une rupture ? Contrairement Ă ses prĂ©dĂ©cesseurs, Emmanuel Macron nomme des personnes et des lieux. Il reconnaĂźt l'assassinat de Maurice Audin [mathĂ©maticien communiste militant de l'indĂ©pendance de l'AlgĂ©rie] par le systĂšme colonial français, l'assassinat d'Ali Boumendjel, avocat et militant nationaliste. Il reconnaĂźt la fusillade de la rue d'Isly, le 26 mars 1962 contre les EuropĂ©ens, le massacre des AlgĂ©riens Ă Paris le 17 octobre 1961, l'abandon des harkis⊠Il y a un changement de tonalitĂ© opĂ©rĂ© par des choses concrĂštes. Cela permet d'avancer de façon pratique dans la connaissance de l'histoire, c'est un changement important. Depuis la remise de mon rapport [sur "les mĂ©moires de la colonisation et de la guerre d'AlgĂ©rie"] en janvier 2021, il y a eu plus d'actes concrets qu'en soixante ans. Ces gestes sont une rĂ©ponse Ă des mouvements citoyens, des associations d'enfants d'immigrĂ©s, de harkis, de rapatriĂ©s, de pieds-noirs, qui se sont battues durant des annĂ©es pour qu'on reconnaisse ces Ă©vĂ©nements et ces personnalitĂ©s. "Ces reconnaissances permettent de nommer les choses. Comme disait Albert Camus 'Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde'." Benjamin StoraĂ franceinfo Il y a eu aussi l'ouverture plus large des archives, rĂ©sultat d'une bataille mĂ©morielle livrĂ©e par les historiens depuis trĂšs longtemps. Bien sĂ»r, il reste encore beaucoup de choses Ă faire. Dans mon rapport, j'ai proposĂ© Ă©galement de se pencher sur les essais nuclĂ©aires rĂ©alisĂ©s en AlgĂ©rie et leurs effets. Je propose d'amĂ©liorer l'entretien des cimetiĂšres europĂ©ens en AlgĂ©rie, de rĂ©diger un guide des disparus pendant la guerre. Quel est l'Ă©tat de la souffrance des personnes qui ont vĂ©cu la guerre et de leurs descendants ? Vous parlez de "communautarisation des mĂ©moires" et de "compĂ©tition victimaire". Depuis la fin de la guerre, il n'y a pas eu un discours fort et commun sur la guerre, mais des lois d'amnistie, qui ont provoquĂ© un fort ressentiment. Chaque groupe s'est fabriquĂ© une identitĂ© Ă partir d'un personnage, une date, mais il n'y a pas eu de rĂ©cit commun. Des fractures existent mĂȘme au sein de ces groupes. Aujourd'hui, nous sommes certes sortis de l'oubli, mais pour tomber dans une sorte de "guerre des mĂ©moires" qui s'est faite dans le dĂ©sordre et dans le repli identitaire. Je lis aussi cette situation comme l'affaiblissement des batailles citoyennes qui profitent Ă un groupe particulier. On est dĂ©sormais plus habituĂ© Ă ĂȘtre dans un statut de victime que de combattant. "Chaque groupe souhaite qu'on reconnaisse sa vĂ©ritĂ© de maniĂšre exclusive au dĂ©triment des autres. Le grand danger est de ne pas trouver de passerelles, de sĂ©parer les mĂ©moires." Benjamin StoraĂ franceinfo Il faut reconstruire ces passerelles. "Les mĂ©moires divisent, l'histoire rassemble", comme le dit l'historien Pierre Nora. Comment cette mĂ©moire est-elle traitĂ©e en AlgĂ©rie ? Cette mĂ©moire de la guerre s'enracine dans un temps trĂšs long, de plus de 130 ans, depuis le dĂ©but de la colonisation en 1830 jusqu'en 1962. La guerre d'indĂ©pendance y est appelĂ©e "rĂ©volution". La mĂ©moire est anti-coloniale, elle se caractĂ©rise par la dĂ©possession des frontiĂšres, des massacres, des exactions, des dĂ©placements de populations. Contrairement Ă la France, il n'y a pas d'aspect positif, c'est une mĂ©moire douloureuse. AprĂšs la guerre, diffĂ©rentes mĂ©moires se sont confrontĂ©es. Il y a eu d'un cĂŽtĂ© ceux qui ont Ă©tĂ© les pionniers du nationalisme algĂ©rien â Messali Hadj, Ferhat Abbas â et de l'autre ceux qui ont dĂ©clenchĂ© la guerre â Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem â et qui n'ont pas eu leur place aprĂšs l'indĂ©pendance et ont Ă©tĂ© Ă©cartĂ©s de la scĂšne politique. L'AlgĂ©rie doit se rĂ©approprier le travail des pĂšres fondateurs de la guerre et du nationalisme algĂ©rien. Elle doit aussi voir comment elle situe la mĂ©moire française dans son histoire, trouver une place pour les EuropĂ©ens d'AlgĂ©rie, les Juifs indigĂšnes au sens de l'Ă©poque sĂ©parĂ©s des musulmans par le dĂ©cret CrĂ©mieux. C'est un travail trĂšs difficile dont on a commencĂ© Ă avoir des traces dans les revendications du mouvement Hirak. L'AlgĂ©rie place la question de l'excuse comme prĂ©alable Ă toute discussion avec la France. Qu'en pensez-vous ? Je ne suis pas contre le principe de l'excuse, mais en gĂ©nĂ©ral c'est utilisĂ© comme un argument idĂ©ologique qui empĂȘche concrĂštement d'avancer. Tous les grands discours de condamnation ou d'excuses que l'on a pu observer dans d'autres guerres n'ont pas permis de rĂ©gler l'hĂ©ritage du passĂ©. Les Japonais ont fait beaucoup d'excuses aux Chinois, aux CorĂ©ens, aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, les AmĂ©ricains aux Vietnamiens aprĂšs la guerre du Vietnam. Cela n'a pas empĂȘchĂ© les mĂ©moires de saigner, les revendications de continuer Ă s'exprimer. "Je suis plus partisan des travaux pratiques que des condamnations morales." Benjamin StoraĂ franceinfo Il y a des gens qui ne peuvent exister qu'en tenant cette posture. Rester dans le conflit les fait vivre, et ce, des deux cĂŽtĂ©s de la MĂ©diterranĂ©e. Pour moi, il faut avancer sur des actes concrets. J'ai notamment proposĂ© la construction d'un musĂ©e d'histoire de France et d'AlgĂ©rie Ă Montpellier pour centraliser sur un lieu les savoirs de cette guerre. En France, certains refusent de regarder ce passĂ© colonial en face et avancent le thĂšme de la "repentance". Qu'en pensez-vous ? C'est un discours idĂ©ologique, fabriquĂ© et portĂ© par une partie de la classe politique française. Personne n'a jamais demandĂ© de repentance, mais une reconnaissance de ce qu'il s'est passĂ©. Il faut sortir de ce piĂšge par des mesures concrĂštes, comme celles que je propose dans mon rapport. Que pensez-vous des questions de rĂ©paration ? La rĂ©paration est nĂ©cessaire, mais il faudrait d'abord savoir de qui on parle. Combien de personnes ont disparu ? Combien ont Ă©tĂ© touchĂ©es par les essais nuclĂ©aires au Sahara ? Les rĂ©parations doivent s'articuler sur des faits argumentĂ©s. Une autre forme de rĂ©paration pourrait ĂȘtre l'enseignement de la guerre d'AlgĂ©rie. L'enseignement a commencĂ© Ă prendre en compte cette histoire depuis une vingtaine d'annĂ©es. Il faut maintenant s'intĂ©resser davantage Ă la colonisation.
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