Aunom de la vérité S02E05 Machination amoureuse - Programme TV de ce soir sur la TNT. Replay TV : liens replay TF1, M6, W9, C8, France 2, France 3, TMC pour organiser votre soirée TV.
L INCOGNITO DANS H AN D â I SLANDE ET LA QUESTION DU NOM 169 . On verra quâĂ bien des Ă©gards, Han dâIslande fonctionne tout Ă fait selon la logique dĂ©crite par Freud qui Ă©voque la «tendance du crĂ©ateur littĂ©raire moderne Ă scinder son moi en moi partiels, par lâeffet de lâobservation de soi; et, par voie de consĂ©quence, Ă personnifier les courants conflictuels de sa
Aunom de la vérité est une nouvelle fiction quotidienne de vingt-six minutes, qui s'attache à des héros du quotidien en prise avec une décision capitale. Chaque épisode est une tranche de vie dans laquelle chacun peut s'identifier ou projeter sa propre famille.
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Les journalistes parlent au nom de la France, les journalistes parlent au nom des Français en permanence ; regardez la tĂ©lĂ©vision, ils prennent toujours Ă partie les Français en disant les Français pensent que On parle de nous Ă coups de sondages en permanence, on est sondĂ©s en permanence, on sait que les sondages sont faux, et toute lâargumentation des
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. Sommaire Nous utiliserons lâĂ©dition bilingue Folio théùtre n° 70 traduction dâYves Bonnefoy. Etudes synthĂ©tiques Textes expliquĂ©s Bibliographie Comparaison dâOthello avec ZaĂŻre, de Voltaire Ătudes synthĂ©tiques Le contexte historique Les forces du mal dans Othello Les comparses dans Othello Les personnages fĂ©minins dans Othello DesdĂ©mone Emilia et Bianca La figure du More dans Othello Racisme et prĂ©jugĂ©s dans Othello La jalousie dans Othello Le contexte historique On relĂšve peu de noms propres, peu de dĂ©tails prĂ©cis permettant de situer prĂ©cisĂ©ment lâaction dâOthello ; cependant, nous savons que Shakespeare sâest beaucoup inspirĂ© de la bataille de LĂ©pante, celle-lĂ mĂȘme oĂč CervantĂšs perdit son bras gauche. La bataille de LĂ©pante ? La bataille de LĂ©pante, 1571 Cette cĂ©lĂšbre bataille eut lieu le 7 octobre 1571 ; elle opposait la flotte turque, composĂ©e de 210 galĂšres et de 63 navires plus petits, Ă une flotte chrĂ©tienne formĂ© de 202 galĂšres et 6 galĂ©asses, vĂ©nitiennes, espagnoles, gĂ©noises, pontificales et savoyardes. La France nây participait pas. Elle faisait suite Ă la prise de Chypre par les Turcs en 1570, qui avait fait plus de 20 000 morts Ă Nicosie. Le choc a lieu dans le golfe de Patras, devant LĂ©pante aujourdâhui Naupactos ; contre toute attente, la flotte turque est vaincue, et presque toutes leurs galĂšres sont prises ou coulĂ©es. Cette victoire eut un retentissement considĂ©rable en Europe ; beaucoup moins cependant du cĂŽtĂ© de lâEmpire Ottoman, qui reconstitua sa flotte en moins dâun an. Chypre fut finalement cĂ©dĂ©e par Venise aux Ottomans. Mais sâagit-il bien de LĂ©pante, dans Othello ? On remarquera quâil nâest jamais question dâune bataille navale ; mais dâune tempĂȘte qui a anĂ©anti la flotte turque. Une escadre ottomane avait pĂ©ri dans une tempĂȘte lors du siĂšge de Famagouste en 1570, mais cela nâavait pas empĂȘchĂ© la prise de la ville ! LâHistoire dans Othello Il nâest jamais question de LĂ©pante dans la piĂšce â pourtant, Ă peine plus de 30 ans sâĂ©taient Ă©coulĂ©s, et la mĂ©moire en restait vive. NĂ©anmoins, le contexte de la piĂšce Ă©voque, au moins en partie, ce conflit. Nous apprenons p. 75 quâIago sâest illustrĂ© Ă Rhodes et Ă Chypre ; Tout le premier acte bruisse dâinquiĂ©tude, Ă propos dâune flotte turque en route pour Rhodes, puis pour Chypre ; Shakespeare nous dĂ©crit de maniĂšre trĂšs vivante lâatmosphĂšre dans le palais des Doges, les rumeurs contradictoires, les entrĂ©es des messagers⊠Finalement, tous les protagonistes sont envoyĂ©s Ă Chypre. Cette atmosphĂšre guerriĂšre donne Ă©videmment un caractĂšre dramatique au contexte, et permet un tableau dâhistoire » trĂšs animĂ© ; et pourtant, le drame fait sâessouffle bien vite DĂšs la premiĂšre scĂšne de lâacte II, nous apprenons que les Turcs sont en difficultĂ© Une terrible tempĂȘte a si bien estourbi les Turcs que leurs projets en boitent. » p. 149 Puis Othello, sitĂŽt arrivĂ©, confirme Des nouvelles, mes bons amis ! Nos guerres sont terminĂ©es Les Turcs sont par le fond » Enfin, lâannonce officielle sera fait par un hĂ©raut, dans la scĂšne II. Le contexte guerrier nâaura donc eu pour seule consĂ©quence que dâenfermer les protagonistes loin de Venise, dans une citadelle, en une sorte de huis clos. Il donne Ă la piĂšce une connotation dramatique, et actuelle. Les forces du mal dans Othello Comme dans toutes les tragĂ©dies, les hĂ©ros, ici Othello et DesdĂ©mone, vont ĂȘtre aux prises avec des forces agissant contre eux, forces puissantes et capables de les perdre. Dans le schĂ©ma actanciel classique, on parlera dâopposants. Parmi ceux-ci un se dĂ©tache du lot, Ă tel point que lâon pourrait presque lui donner le rĂŽle titre ; il sâagit dâIago. Qui est Iago ? Son identitĂ© est prĂ©sentĂ©e, par lui-mĂȘme, dĂšs la premiĂšre scĂšne câest un jeune officier dâenviron 28 ans, qui sâest illustrĂ© sur plusieurs champs de bataille cf. p. 75, et estime donc que la charge de lieutenant lui revient de droit â ce qui ferait de lui le plus proche compagnon dâOthello ! Et cette reconnaissance lui importait tellement quâil a littĂ©ralement fait campagne » pour lâobtenir, au point dâenvoyer trois notables de la ville plaider sa cause auprĂšs dâOthello⊠Le refus de celui-ci, et le choix de faire de lui un simple porte-enseigne â au fond, un domestique â le met hors de lui, car il le renvoie au nĂ©ant, Ă sa propre nĂ©gativitĂ©. je suis celui qui toujours nie⊠» Iago ressemble par bien des traits Ă MĂ©phistophĂ©lĂšs, le Diable de Faust â or on sait que la piĂšce de Marlowe portant ce titre, et créée en 1592, Ă©tait en cours de publication en 1604, lâannĂ©e mĂȘme dâOthello... Iago se caractĂ©rise par une dĂ©testation universelle de tout, et de tous ; rien de positif ne trouve grĂące Ă ses yeux la vaillance militaire celle dâOthello nâest quâun ramassis de rĂ©cits mensongers, et nâexiste donc pas â il est le seul Ă penser cela ; mĂȘme les pires adversaires dâOthello le respectent, y compris Brabantio ; celle de Cassio est inexistante Ă ses yeux. Et de toutes maniĂšres, la vaillance ne sert Ă rien, nâest pas reconnue p. 77 Les femmes et lâamour Iago est un terrible misogyne, enfermĂ© dans une vision caricaturale des femmes ; elles ne seraient, Ă ses yeux, que des furies obsĂ©dĂ©es par le sexe. Sa propre femme, Emilia, il la hait et sâen mĂ©fie, cherchant Ă la rĂ©duire au silence ; DesdĂ©mone serrant courtoisement la main de Cassio ne peut ĂȘtre quâune dĂ©bauchĂ©e prĂȘte Ă tromper son mari⊠Voir p. ex. p. 161. Quant Ă lâamour, il nâexiste tout simplement pas. Ce nâest quâun prurit du sang avec la permission de la volontĂ© » p. 139. Seul compte le dĂ©sir sexuel â qui nâest Ă ses yeux que stupre et horreur ; et cette horreur se rĂ©pand partout il soupçonne Othello dâavoir sĂ©duit Emilia ! Iago est un ĂȘtre nĂ©vrosĂ© qui a manifestement un sĂ©rieux problĂšme avec sa propre sexualitĂ© ! Les valeurs morales ne sont que des illusions destinĂ©es Ă tromper les naĂŻfs et les imbĂ©ciles qui y croient Iago se revendique traĂźtre et voleur ! Iago est donc la nĂ©gativitĂ© mĂȘme, comme MĂ©phisto Je suis lâesprit qui toujours nie, Et ce, Ă bon droit car tout ce qui prend naissance mĂ©rite dâĂȘtre dĂ©truit ; Mieux vaudrait dĂšs lors que rien ne naquĂźt. Ainsi donc tout ce que vous nommez pĂ©chĂ©, destruction, bref, le mal, est mon Ă©lĂ©ment propre. » Cette nĂ©gativitĂ© universelle a Ă©videmment pour corollaire une vie elle aussi nĂ©gative et vide. Iago nâaime personne â et lorsquâil donne des conseils, câest toujours pour servir ses propres fins. Il ne sâaime pas lui-mĂȘme, et il finira dâailleurs isolĂ©, haĂŻ de tous, et vouĂ© aux pires supplices. Une nĂ©gativitĂ© agissante Iago ne se contente pas de ressasser ses haines et ses ressentiments ; il agit, en permanence, manipule les uns contre les autres, ne vit que dâintrigues et de coups tordus⊠et il parle ! Câest un personnage omni-prĂ©sent Acte I scĂšne 1, câest lui qui rĂ©veille Brabantio et lui apprend la fuite de sa fille, prĂ©tendument enlevĂ©e par Othello. scĂšne 2, nous le voyons tenter de monter Othello contre Roderigo dont il sâaffirmait lâami dans la scĂšne prĂ©cĂ©dente. scĂšne 3, il manipule Roderigo en promettant de lâaider Ă conquĂ©rir DesdĂ©mone⊠Acte II scĂšne 1, il arrive avec DesdĂ©mone, Cassio et Roderigo Ă Chypre ; il se lance dans une joute verbale avec DesdĂ©mone, dans laquelle il rĂ©vĂšle toute sa petitesse de caractĂšre ; la scĂšne sâachĂšve avec le texte 2, oĂč nous le voyons commencer Ă mettre en place sa stratĂ©gie. scĂšne 3, il pousse Cassio Ă boire, alors que celui-ci supporte mal lâalcool ; et bien sĂ»r celui-ci sombre bien vite dans lâivresse â et Iago en profite pour suggĂ©rer Ă Montano, le gouverneur de Chypre, quâil est un ivrogne invĂ©tĂ©rĂ©. Roderigo, conformĂ©ment au plan, provoque Cassio, qui ne tarde pas Ă blesser Montano qui sâinterposait. Cassio est alors relevĂ© de sa lieutenance par Othello. Et Iago lui suggĂšre de passer par DesdĂ©mone pour flĂ©chir son mari⊠à ce point, la plupart des fils de lâintrigue sont tendus. Et Ă chaque instant, on trouve Iago Ă la manĆuvre. Acte III scĂšne 3 Cassio a obtenu une entrevue avec DesdĂ©mone, et Iago, qui a menĂ© Othello Ă un endroit oĂč il pouvait les voir, suscite sans en avoir lâair les soupçons dâOthello. Et quand DesdĂ©mone vient plaider la cause de Cassio, il instille habilement le poison du doute â si habilement quâil dit la pure vĂ©ritĂ© sans quâelle puisse ĂȘtre comprise, en deux beaux exemples dâironie tragique câest le flĂ©au de ma nature que dâĂ©pier les faux-pas des autres ; par suspicion jâimagine des fautes inexistantes » p. 253 ; Gardez-vous de la jalousie ! De ce monstre aux yeux verts qui nargue la proie mĂȘme quâil dĂ©vore⊠» p. 255 A la fin de la scĂšne, DesdĂ©mone a laissĂ© tomber le mouchoir offert par Othello ; Emilia lâa ramassĂ©, et donnĂ©, sans penser Ă mal, Ă Iago. Et lorsque Othello rĂ©apparaĂźt torturĂ© par la jalousie, il lâattise en suggĂ©rant une liaison entre DesdĂ©mone et Cassio. scĂšne 4 DesdĂ©mone vient plaider la cause de Cassio devant Othello ; celui-ci lui rĂ©clame le mouchoir â quâelle ne peut Ă©videmment lui donner. Acte IV ScĂšne 1 Iago sâarrange pour faire parler de Bianca Ă Cassio, et pour faire croire Ă Othello, qui Ă©coute, quâil sâagit de DesdĂ©mone. Et Bianca entre Ă ce moment rendre le mouchoir Ă Cassio. Othello finit par se laisser convaincre du double meurtre de DesdĂ©mone et de Cassio il tuera DesdĂ©mone, et Iago se chargera de Cassio. ScĂšne 2 Othello Ă©tant sur le point dâĂȘtre rappelĂ© Ă Venise, et Cassio dâĂȘtre nommĂ© Ă sa place, Iago suggĂšre Ă Roderigo dâassassiner Cassio, afin dâen faire accuser le More. Acte V scĂšne 1 Iago a fait en sorte que Cassio et Roderigo sâentretuent ; mais Cassio blesse Roderigo, et Iago Cassio. Pour Ă©viter quâil ne parle, Iago exĂ©cute Roderigo, et accuse Bianca de la tentative de meurtre sur Cassio. scĂšne 2 Othello tue DesdĂ©mone ; mais tout se rĂ©vĂšle bientĂŽt et Iago est arrĂȘtĂ©. Il se mure alors dans le silence. Iago est donc prĂ©sent dans chaque acte, et Ă tous les moments cruciaux de lâintrigue. Il est Ă lâorigine de chaque scĂšne violente, de chaque meurtre. La crĂ©dulitĂ© incroyable des autres Iago est transparent pour le spectateur il Ă©nonce toujours clairement son Ă©tat dâesprit, ses haines, ses projets â et le fait, le plus souvent, en prĂ©sence mĂȘme de ses victimes et en sâadressant Ă elles. Et pourtant, tout le monde sâaccorde pour cĂ©lĂ©brer son honnĂȘtetĂ© », sa loyautĂ© ». Câest mĂȘme un leit-motiv de la piĂšce ! Iago est donc particuliĂšrement habile Ă repĂ©rer et exploiter les failles de tous ceux quâil rencontre le caractĂšre colĂ©rique et emportĂ© dâOthello, lâorgueil chatouilleux de Cassio Ă propos de ses qualitĂ©s militaires, et sa faiblesse face Ă la boisson, son mĂ©pris des femmes aussi voir son attitude Ă lâĂ©gard de Bianca, la bĂȘtise de Roderigo⊠Il ne doit son pouvoir quâĂ la faiblesse et Ă lâaveuglement dâautrui. Othello p. 135 Roderigo fait toute confiance Ă Iago⊠qui nâhĂ©sitera pas Ă le tuer ; Montano⊠Emilia donne sans mĂ©fiance le mouchoir Ă Iago ; DesdĂ©mone elle-mĂȘme le mĂ©prise, mais ne sâen mĂ©fie pas. Quand cesse cet aveuglement, il est rĂ©duit au silence et Ă lâimpuissance. Un homme qui hait lâamour, la vie, le plaisir, les femmes, qui est prĂȘt Ă tout pour assurer son pouvoir, un homme tout de noirceur qui passe pour honnĂȘte⊠Iago a tout dâun puritain, ces adversaires du théùtre ! Et la crĂ©dulitĂ© est celle du public⊠Othello serait-il lâĂ©quivalent anglais de Tartuffe, un brĂ»lot contre le parti, ici puritain, lĂ , dĂ©vot mais ce sont Ă peu prĂšs les mĂȘmes, et un avertissement devant leurs menĂ©es ? Les comparses dans Othello Othello est une piĂšce dans laquelle la scĂšne semble toujours pleine, oĂč les scĂšnes collectives, mettant en prĂ©sence de nombreux acteurs, abondent. Et de fait, les comparses, parfois simples figurants, parfois personnages secondaires rĂ©ellement impliquĂ©s dans lâaction, sont nombreux. Les figurants Souvent anonymes, dotĂ©s parfois dâun rĂŽle mineur, on les retrouve Ă divers moments clĂ©s des sĂ©nateurs, Ă lâacte I, commentent avec effroi les nouvelles qui leur parviennent de Chypre, et lors du procĂšs » entre Brabantio et Othello, ils jouent un peu le rĂŽle du chĆur dans une tragĂ©die antique. Un clown, personnage grotesque qui apparaĂźt en III, 4, mais nâa quâun rĂŽle mineur ; il sert dâintermĂ©diaire entre Cassio et DesdĂ©mone cf. III, 1 on trouve aussi un marin, un messager, un hĂ©raut, des officiers, des gentilshommes, des musiciens et autres ». Toutes ces prĂ©sences donnent Ă la piĂšce une allure vivante, prolifĂ©rante, comme la vie mĂȘme. Les comparses Brabantio Il est le pĂšre de DesdĂ©mone, et tout son rĂŽle consiste, en pĂšre autoritaire, Ă tenter dâempĂȘcher le mariage de sa fille et dâOthello ; mais trĂšs vite, il constate son impuissance DesdĂ©mone est bel et bien mariĂ©e, le Doge et son conseil acceptent la situation⊠il en est rĂ©duit aux rĂ©criminations, et disparaĂźt trĂšs vite. On apprendra par la suite V, 2 quâil en est mort, sans que son dĂ©cĂšs paraisse Ă©mouvoir quiconque. Gratiano et Lodivico Ce sont le frĂšre et un parent de Brabantio ; ils nâont guĂšre de rĂŽle actif. Le doge de Venise Lui aussi voit son rĂŽle confinĂ© Ă lâacte I câest lui qui reçoit la plainte de Brabantio, et qui envoie Othello Ă Chypre. Montano ReprĂ©sentant du doge Ă Chypre, il doit ĂȘtre remplacĂ© par Othello II, 1 mais nâen Ă©prouve aucune amertume. Il offre Ă boire sans penser Ă mal Ă Cassio II, 3, puis se laisse convaincre que celui-ci est un dangereux ivrogne. Il sera peu aprĂšs blessĂ© par Cassio â ce qui vaut Ă celui-ci un renvoi immĂ©diat. Bianca Câest une courtisane, sincĂšrement amoureuse de Cassio, dont elle est la maĂźtresse, mais mĂ©prisĂ©e par lui â les propos de Cassio sur Bianca seront pris par Othello pour des injures adressĂ©es Ă DesdĂ©mone ; accusĂ©e par Iago de la tentative de meurtre sur Cassio, elle Ă©chappera de peu Ă une injuste condamnation. Les personnages secondaires actifs Eux ont un vrai rĂŽle dans lâintrigue, mĂȘme sâils sont manipulĂ©s. Cassio Il est le plus important de tous Câest Ă cause de lui que Iago se dĂ©chaĂźne contre Othello il a Ă©tĂ© nommĂ© lieutenant Ă sa place ; Iago sâarrange pour le faire boire, et pour quâil soit destituĂ© ainsi il demandera lâintercession de DesdĂ©mone auprĂšs dâOthello ; Câest chez lui que Iago dĂ©posera le mouchoir de DesdĂ©mone ; Ses propos mĂ©prisants Ă lâĂ©gard de Bianca seront pris pour des injures Ă DesdĂ©mone ; Il sera blessĂ© par Iago â qui accusera Bianca de ce crime. Roderigo Ce gentilhomme vĂ©nitien apparaĂźt dâabord comme le complice de Iago comme lui il en veut Ă Othello mais pour une rivalitĂ© amoureuse, et il sera lâauxiliaire agissant de Iago I, 1 et II, 1. Il ira jusquâĂ tenter dâassassiner Cassio pour faire accuser Othello du meurtre, mais sera lui-mĂȘme assassinĂ© par Iago V, 1. Emilia LâĂ©pouse dâIago est aussi lâamie et la confidente de DesdĂ©mone. MĂ©prisĂ©e de son mari, elle ignore ses projets, et participe plus ou moins Ă ses prĂ©jugĂ©s elle traite Bianca de roulure » ; câest elle qui, sans le vouloir, cause la perte de sa maĂźtresse en donnant le mouchoir Ă Iago. Mais ce sera elle aussi qui rĂ©vĂšlera, trop tard, Ă Othello et Ă lâensemble des personnages les crimes de Iago â qui la tuera. On remarquera que de tous ces personnages, seuls Brabantio et Roderigo sont rĂ©ellement hostiles Ă Othello ; tous en revanche apprĂ©cient et respectent DesdĂ©mone. Mais tous seront manipulĂ©s par Iago, et amenĂ©s Ă dĂ©truire ce couple, plus ou moins volontairement. Les personnages fĂ©minins Othello est une piĂšce trĂšs masculine lâessentiel de lâaction se joue entre des soldats, dans une citadelle menacĂ©e, puis rassurĂ©e ; Ă Venise comme Ă Chypre, les dĂ©cisions, les conflits ont lieu entre hommes ; les femmes sont souvent des victimes collatĂ©rales. Aussi est-ce Othello qui donne son titre Ă la piĂšce, et non DesdĂ©mone celle-ci est un enjeu, un moyen dâatteindre le More ; Iago nâa rien contre elle, Roderigo nâen est que vaguement amoureux, Cassio ne voit en elle quâun intermĂ©diaire qui lui permettra de flĂ©chir Othello⊠Seul celui-ci, parce quâil lâaime, voit en elle un personnage essentiel. Quant aux autres femmes, elles ne sont que deux â mais lâon verra que leur action est dĂ©cisive. DesdĂ©mone De la jeune fille libre et audacieuse⊠Othello et DesdĂ©mone Ă Venise â TheÌodore ChasseÌriau DesdĂ©mone, Ă©voquĂ©e dĂšs les premiĂšres scĂšnes de lâacte I par les personnages, nâapparaĂźt elle-mĂȘme quâĂ la scĂšne 3 ; elle nous est prĂ©sentĂ©e comme une toute jeune fille, qui, certes, vaque aux occupations de la maison sans se rĂ©volter apparemment contre les valeurs incarnĂ©es par son pĂšre celui-ci la croit bien sage !, mais semble attendre autre chose de lâexistence. Entre un pĂšre inconsistant et une mĂšre, semble-t-il, absente, morte peut-ĂȘtre, elle sâennuie ; et ce sont les rĂ©cits dâOthello qui lâĂ©veillent Ă elle-mĂȘme, au point de regretter que le Ciel nâeĂ»t point fait / dâelle un homme de cette sorte ». p. 123. Et de fait, elle affirme haut et fort son choix et sa volontĂ©, devant le Doge, les SĂ©nateurs, et son pĂšre, sans paraĂźtre le moins du monde intimidĂ©e ! ImmĂ©diatement, elle prend une dĂ©cision courageuse, celle de suivre Othello Ă Chypre, bravant tous les dangers, Ă commencer par la menace dâune dĂ©faite et de ses consĂ©quences prĂ©visibles elle est alors parfaitement cohĂ©rente avec elle-mĂȘme une jeune fille de caractĂšre, tentĂ©e par un mode de vie aventureux et dangereux, et sâengageant sans rĂ©serve pour lâhomme quâelle aime. Et câest encore la mĂȘme jeune fille franche, directe, courageuse, qui affronte Iago dans la premiĂšre scĂšne de lâacte II, et le pousse dans ses retranchements, au point de mettre Ă jour sa nature mĂ©diocre et mĂ©prisable paradoxes rebattus », Ă©paisse bĂȘtise », trĂšs grossier personnage, extrĂȘmement impudique »⊠p. 165-167 DesdĂ©mone est la seule, semble-t-il, Ă juger Iago Ă sa juste valeur. ⊠à lâenfant injustement punie La premiĂšre rupture intervient aprĂšs la perte du mouchoir III, 4 ; Ă ce stade, DesdĂ©mone se montre encore ferme, refusant de cĂ©der Ă Othello. Mais Ă partir de lâacte IV, tout change scĂšne 1, Othello la gifle, lâinsulte, et elle ne rĂ©agit pas. scĂšne 2, Othello la traite de putain, et cette fois elle semble accepter des accusations auxquelles elle ne comprend rien Il est juste que je sois traitĂ©e ainsi, tout Ă fait juste, comment ai-je bien pu me comporter pour quâil ait pu placer un tel opprobre sur mĂȘme la plus grave de mes fautes ? » p. 377 Dâun caractĂšre qui semblait si bien trempĂ©, on attendrait de la rĂ©volte, de la colĂšre ; or elle se laisse briser sans vraiment se dĂ©fendre. scĂšne 3 Othello lui ordonne dâaller se coucher, en renvoyant Emilia ; on sent que DesdĂ©mone, qui Ă©voque Ă ce moment le souvenir dâune autre servante, Barbara, abandonnĂ©e et qui en est morte, chante sa chanson ; on devine quâelle pressent son sort imminent. Elle continue de rĂ©affirmer sa fidĂ©litĂ© Ă Othello â devant Emilia, comme elle lâa fait devant Iago, câest-Ă -dire en pure perte lâune ne pourrait, lâautre ne voudrait convaincre Othello. Enfin, lors de la derniĂšre scĂšne, elle tente une derniĂšre fois de dire la vĂ©ritĂ©, mais Othello est hors dâĂ©tat de lâentendre â et elle ne peut que le supplier en vain. Comment comprendre ce changement radical, cette apparente soumission, cette acceptation de lâinacceptable ? DesdĂ©mone est victime dâune terrible solitude dĂšs le premier acte, on devine que son existence auprĂšs de son pĂšre est un dĂ©sert. La rencontre avec Othello a Ă©tĂ© pour elle un don total Ă aucun moment elle ne renie cet amour, mĂȘme quand Othello lui fait subir des avanies aussi brutales quâinexplicables, et lâaccuse de fautes imaginaires. Or, si elle se refuse Ă considĂ©rer Othello comme faillible, elle nâa dâautre choix que dâaccepter son jugement. Cette acceptation nâest donc que le rĂ©sultat dâun amour absolu â qui ira jusquâĂ sâaccuser elle-mĂȘme de son propre meurtre. Et la souffrance, la solitude, lâabandon quâelle a dĂ» Ă©prouver lâont fait rĂ©gresser Ă ce tout petit enfant » quâelle redevient quand on la gronde lâĂȘtre Ă la fois le plus pur, mais aussi le plus vulnĂ©rable et sans dĂ©fense. Avec Othello, elle avait toutes les audaces ; sans lui, elle est brisĂ©e. Bianca Bianca a dĂ©jĂ Ă©tĂ© mentionnĂ©e parmi les comparses voir ici. Bien quâelle soit une courtisane, Bianca est assez proche de DesdĂ©mone, en ce sens quâelle aussi est victime de lâamour, dâun amour asymĂ©trique elle aime profondĂ©ment Cassio, au point dâĂȘtre abattue, atterrĂ©e par sa mort supposĂ©e ; mais lui ne lâaime pas. Elle est intermĂ©diaire entre DesdĂ©mone et Emilia comme la premiĂšre, victime des machinations dâIago, elle subit son sort â et peut sâen faut, Ă lâacte V, quâelle soit accusĂ©e dâun meurtre quâelle nâa pas commis ; elle aussi sera victime des apparences de mĂȘme quâIago a exploitĂ© la courtoisie de DesdĂ©mone pour laisser croire Ă sa culpabilitĂ©, de mĂȘme, il exploitera son trouble devant Cassio blessĂ© pour lâaccuser. Comme DesdĂ©mone aussi, elle aime sans restriction, et son amour nâest pas payĂ© de retour. Cassio en effet se moque dâelle, et la mĂ©prise ouvertement. Mais comme la seconde, elle est un instrument du mal sans le vouloir Cassio lui confie le fameux mouchoir pour quâelle le fasse copier, et câest en le rapportant Ă celui-ci quâelle sera vue dâOthello. Cependant, prĂ©sente dans seulement 3 scĂšnes, elle reste un personnage trĂšs secondaire. Emilia Emilia a dĂ©jĂ Ă©tĂ© mentionnĂ©e parmi les comparses voir ici. LâĂ©pouse â mĂ©prisĂ©e, parfois maltraitĂ©e dâIago â semble suivre le chemin inverse de celui de DesdĂ©mone. Dâabord peu prĂ©sente une scĂšne Ă lâacte II, elle est de plus en plus prĂ©sente. Contrairement Ă DesdĂ©mone et Ă Bianca, elle nâest en rien une victime. Son rĂŽle est dĂ©terminant câest elle qui, sans penser Ă mal, donne le mouchoir de DesdĂ©mone Ă Iago. Ă ce moment, elle obĂ©it encore aveuglĂ©ment Ă son mari ; elle ira dâailleurs jusquâĂ insulter Bianca p. 429. Mais Ă mesure que la piĂšce avance, elle prend de plus en plus de caractĂšre, notamment lors de la scĂšne oĂč elle dĂ©shabille DesdĂ©mone, tout en essayant de la distraire de ses funestes pensĂ©es en plaisantant elle se montre joyeusement cynique, affirmant quâelle-mĂȘme pourrait tromper son mari pour tout lâor du monde » ; elle pousse mĂȘme DesdĂ©mone Ă une saine rĂ©volte contre les caprices masculins p. 405. Et finalement, câest elle qui, la premiĂšre, comprend lâorigine du drame et dĂ©nonce les manoeuvres dâIago. Elle montre alors son courage et sa dĂ©termination, dâabord en affrontant un Othello encore armĂ© et fou de rage, puis un Iago dĂ©cidĂ© Ă la faire taire Ă tout prix ; elle y laissera sa vie. La dĂ©termination et le courage dâEmilia, qui ose affronter son mari et dĂ©noncer toute la machination semble compenser la faiblesse et la rĂ©signation de DesdĂ©mone elle meurt en hĂ©roĂŻne. Conclusion des relations hommes-femmes extrĂȘmement violentes. On peut avoir lâimpression, dans cette piĂšce comme dans bien dâautres de Shakespeare dâune vĂ©ritable guerre des sexes ». Ă lâĂ©gard des femmes, les hommes exigent une obĂ©issance et une fidĂ©litĂ© absolues, quâils sont loin de pratiquer eux-mĂȘmes ; ils ignorent dĂ©libĂ©rĂ©ment les dĂ©sirs, la personne mĂȘme de la femme quâils prĂ©tendent aimer, comme le rappelle Emilia p. 405 ⊠câest la faute des maris si leurs femmes les trompent. Pensez Ă ceux qui nĂ©gligent ce quâils nous doivent et versent notre bien dans le sein dâune autre, ou qui ont des accĂšs de jalousie mesquine et nous accablent de chaĂźnes ou mĂȘme qui nous frappent ou par dĂ©pit rĂ©duisent notre train !⊠Eh bien nous aussi avons nos humeurs, et, bien que gentilles, nous saurons prendre des revanches. Que les maris apprennent que leur femme a des sens tout aussi bien quâeux. » Et cette violence sâexprime avec une vigueur tout Ă fait impossible dans le théùtre classique, sans la moindre censure ainsi Othello peut-il insulter sa femme avec les mots les plus orduriers, la frapper devant son cousin, et finalement la tuer sous nos yeux ! Dans la piĂšce, ni Emilia, ni Bianca, ni DesdĂ©mone ne sont coupables de quoi que ce soit ; en revanche, les hommes se montrent menteurs, brutaux, insultants, et finalement meurtriers ils sont incapables dâaimer. La figure du More dans Othello Introduction Quâest-ce quâun More, ou Maure ? On donne dâabord ce nom principalement aux Sarrasins qui soumirent lâEspagne ; par la suite, on dĂ©signe ainsi les habitants dâAfrique du Nord, soumises aux Turcs. Et, par extension, le mot en vient Ă dĂ©signer Ă©galement des Noirs. Qui est Othello ? Il se dĂ©crit lui-mĂȘme comme Noir » il fait probablement partie de ces Africains vendus comme esclaves aux Mores, puis devenu citoyen vĂ©nitien Ă la suite dâon ne sait quelles pĂ©rĂ©grinations. Il est parfaitement intĂ©grĂ© Ă la sociĂ©tĂ© vĂ©nitienne nul ne met en doute ni sa langue â il est mĂȘme passĂ© maĂźtre en matiĂšre de rĂ©cits â ni sa valeur militaire, ni sa religion il en est dâailleurs fort peu question dans la piĂšce, ni sa citoyennetĂ©. Seule sa couleur de peau signale encore son caractĂšre Ă©tranger. Un personnage omniprĂ©sent et agissant ExceptĂ© deux courtes scĂšnes II, 2 et III, 1, Othello est constamment prĂ©sent, sinon en personne comme dans la plupart des scĂšnes, du moins dans lâesprit des personnages I, 1. GĂ©nĂ©ral, aventurier dĂ©jĂ dâĂąge mĂ»r, mais toujours en quĂȘte dâaction, il est au centre de toutes les intrigues Câest lui qui dĂ©clenche lâire dâIago, en nommant Cassio lieutenant, et la jalousie de Roderigo en Ă©pousant DesdĂ©mone ; Câest lui qui sĂ©duit DesdĂ©mone par ses rĂ©cits, et aussitĂŽt lâĂ©pouse ; Câest tout naturellement que lâon fait appel Ă lui quand le danger approche il est nommĂ© gouverneur de Chypre au moment oĂč les Ottomans menacent la citadelle, et il part aussitĂŽt avec une flotte ; SitĂŽt nommĂ© gouverneur, il fait rĂ©gner lâordre, et destitue Cassio qui a commis une faute ; ManipulĂ© par Iago, il sombre dans la jalousie, mais non dans lâinaction il frappe DesdĂ©mone, lâinsulte lors de la scĂšne du bordel », et dĂ©cide froidement dâĂ©liminer Cassio et dâassassiner DesdĂ©mone â un dessein aussitĂŽt mis en Ćuvre. SitĂŽt la vĂ©ritĂ© apprise, il tente de tuer Iago, puis se suicide. Câest donc un personnage constamment en mouvement, et qui ne nous laisse rien ignorer de ses changements dâhumeur, de ses tourments⊠Mais est-il pour autant une figure barbare ? Le More, une figure ambivalente Certes les ennemis dâOthello voient en lui une figure repoussante. Roderigo parle avec mĂ©pris de ce lippu » p. 79, de la puante Ă©treinte dâun More des plus lubriques » p. 87, dâun Ă©tranger, un aventurier, un vagabond, ni dâici ni de nulle part » ibid. ; Iago le dĂ©crit comme un vieux bĂ©lier, la nuit tĂ©nĂ©breuse en personne » p. 81, et plus loin comme un Ă©talon de la Barbarie » p. 85, un vagabond de la cĂŽte barbaresque » p. 141 ; Brabantio Ă©voque, en parlant de sa fille, de ce quâelle avait peur de simplement regarder », et le voit sous les traits dâun sorcier⊠Mais il faut noter que ces trois personnages sont les seuls Ă exprimer des sentiments racistes Ă lâĂ©gard dâOthello. Et leur parole est dĂšs lors dĂ©valorisĂ©e. Pour tous les autres un honnĂȘte homme et un hĂ©ros. Ce qui frappe au contraire, câest lâunanimitĂ© qui entoure Othello. On peut dĂ©plorer son emportement comme Lodovico quand il le voit frapper DesdĂ©mone, ou Emilia, mais cela nâenlĂšve rien Ă lâestime gĂ©nĂ©rale. MĂȘme Iago est obligĂ© dâadmettre quâOthello est un homme de bien Le More est par nature franc, sans mĂ©fiance, il croit les gens honnĂȘtes pour peu quâils le paraissent » p. 145. Mieux encore, Ă aucun moment son hĂ©roĂŻsme et sa loyautĂ© au service de Venise ne sont mises en cause nul ne le soupçonne dâune quelconque sympathie envers les Ottomans. Si bien quâau dĂ©nouement, lorsque lâon dĂ©couvre avec horreur le meurtre de DesdĂ©mone, chez les assistants câest plutĂŽt la pitiĂ© qui domine OĂč est ce forcenĂ©, cet homme si malheureux ? » demande Lodovico. Aux yeux du spectateur, Othello est-il un barbare ? Othello fait partie des tragĂ©dies les plus sombres de Shakespeare, et le spectateur moderne peut ĂȘtre horrifiĂ© Ă bon droit de la violence du personnage il frappe, il insulte DesdĂ©mone, il prĂ©mĂ©dite froidement lâassassinat de Cassio et lâexĂ©cution de DesdĂ©mone. Mais si cette violence est indĂ©niable, elle nâa rien Ă voir avec une nature barbare » qui serait celle du seul Othello. Cette violence, en rĂ©alitĂ©, est partagĂ©e par lâensemble de la sociĂ©tĂ© ! Cassio manque de tuer Roderigo, qui lui a manquĂ© de respect ; Roderigo accepte sans broncher la mission dâassassiner Cassio, avec ce commentaire Ce ne sera quâun homme de moins. Un coup dâĂ©pĂ©e, il est mort » p. 411 Dans le combat qui sâensuit, Roderigo et Cassio se blessent mutuellement, avec la volontĂ© de tuer. Mais le pire de tous est Ă©videmment Iago il fait en sorte que Cassio et Roderigo sâentretuent, et il achĂšve lui-mĂȘme Roderigo, pourtant son complice ; dĂ©masquĂ©, il poignarde Emilia⊠sans compter quâau passage, il fait accuser Bianca, qui serait probablement condamnĂ©e Ă mort si la vĂ©ritĂ© nâavait pas Ă©claté⊠La violence et le sang nâont donc absolument rien Ă voir avec la nature » dâOthello, et personne dâailleurs ne fait le rapprochement. Le dĂ©nouement certes est sanglant, mais comme le sont ceux dâHamlet ou de Macbeth⊠Racisme, sexisme et prĂ©jugĂ©s dans Othello LâĂ©poque Ă©lizabĂ©thaine, et plus particuliĂšrement le théùtre, ignore le politiquement correct » racisme et prĂ©jugĂ©s en tous genres sây expriment librement, sans que cela suscite de rĂ©actions outragĂ©es. Ce qui rend un certain nombre de piĂšces injouables aujourdâhui⊠Ainsi, Le Marchand de Venise met-il en scĂšne un personnage de juif particuliĂšrement glaçant ! Othello nây Ă©chappe pas le protagoniste est un Noir cf. plus haut, et la victime une femme ; deux victimes privilĂ©giĂ©es des prĂ©jugĂ©s⊠Racisme et xĂ©nophobie Un contexte favorable Ă la xĂ©nophobie LâAngleterre est une Ăźle, elle a optĂ© pour la rĂ©forme anglicane en 1535, ce qui a ajoutĂ© un nouvel ennemi Ă la longue liste de ceux qui menacent le pays. Celui-ci se sent cernĂ© par les papistes », et notamment les missions jĂ©suites qui cherchent Ă dĂ©stabiliser le royaume â or lâIrlande, toute proche, est restĂ©e catholique ; par le reste de lâEurope, France, Espagne notamment que lâon pense Ă l' »invincible armada » lancĂ©e par Philippe II dâEspagne en 1588, vaincue par la flotte anglaise ; et, bien au-delĂ de ce second cercle, lâimmensitĂ© du monde paĂŻen, que les grandes dĂ©couvertes » ont permis de mieux connaĂźtre. Les Anglais sont accablĂ©s par la pluralitĂ© des mĆurs et des religions ces gens-lĂ , les plus Ă©loignĂ©s, juifs, musulmans et paĂŻens, il y a bien peu de chances de les convertir⊠Ajoutons le fait que lâAngleterre du 16Ăšme siĂšcle souffre dâun retard technique chronique elle doit faire appel Ă de nombreux Ă©trangers pour quâils importent des techniques et en tirent bĂ©nĂ©fice ceux-ci seront souvent accusĂ©s de crĂ©er la disette ! De nombreuses Ă©meutes anti-Ă©trangers vont Ă©clater, tout au long du siĂšcle. Or lâennemi est Ă la porte mĂȘme de lâAngleterre, comme le montre lâaffaire Calvin ». Le roi Jacques Ier avait rattachĂ© lâEcosse au royaume dâAngleterre, suscitant dans le pays une vague de chauvinisme et de haine â lâEcossais Ă©tant considĂ©rĂ© comme un barbare. La question Ă©tait venue en 1607 au tribunal un enfant nĂ© en Ecosse avant lâavĂšnement de Jacques Ier en 1603 Ă©tait-il citoyen anglais ou Ă©tranger ? Lâaffaire Ă©tait dâimportance, car le jeune Robert Calvin devait hĂ©riter de terres en Angleterre ; or, sâil Ă©tait reconnu Ă©tranger, il ne pouvait avoir aucun bien foncier. La cour de justice avait fini par statuer en sa faveur, mais Ă la suite de cela, trois types dâĂ©trangers avaient Ă©tĂ© dĂ©finis Les Ă©trangers amis ceux qui viennent dâun pays alliĂ© de lâAngleterre. Ils peuvent habiter dans le royaume, y acheter des biens meubles, mais ne peuvent possĂ©der ni terre, ni hĂ©ritage foncier. Les Ă©trangers ennemis temporaires ceux des pays catholiques, Espagnols ou Français, par exemple, dont on peut espĂ©rer une Ă©ventuelle conversion, ou dont les gouvernements peuvent devenir alliĂ©s de lâAngleterre ; Les Ă©trangers avec sauf-conduit » ceux des autres pays, Ă qui lâon a accordĂ© lâautorisation de rĂ©sider en Angleterre par exemple des diplomates ; Les Ă©trangers perpĂ©tuels juifs, musulmans ou paĂŻens. Ceux-lĂ sont dĂ©nuĂ©s de tous droits ; leur exclusion est totale et dĂ©finitive. MĂȘme convertis, on ne leur fait pas confiance et leur conversion est considĂ©rĂ©e comme fragile ou hypocrite. Barbares, ils sont hors de la loi naturelle et de la loi de Dieu. Si lâAngleterre conquiert leur pays, elle a le droit dâabolir toutes leurs lois et coutumes lâAngleterre colonisatrice considĂšre des groupes humains entiers comme des sauvages et des animaux. Racisme et xĂ©nophobie dans la piĂšce Il y a plusieurs Ă©trangers dans la piĂšce, qui reprennent la hiĂ©rarchie prĂ©cĂ©demment indiquĂ©e LâĂ©tranger ami Michel Cassio. Celui qui a supplantĂ© Iago auprĂšs dâOthello est Florentin ; et voici comment il est dĂ©crit un grand calculateur ⊠un Florentin, du nom de Michel Cassio, / Un qui se damnerait pour de belles femmes, / Mais qui, jamais, jamais, nâa menĂ© se battre / La moindre escouade ; et qui ne sait pas mieux / que fille Ă son fuseau commander la troupe ! » p. 75 ; et quelques vers plus bas, il est qualifiĂ© de Ce caissier, ce gratte-sous . Certes, câest toute la haine dâIago qui sâexprime ainsi, et devant sa dupe Roderigo ; mais justement, Iago sait fort bien sâappuyer sur les prĂ©jugĂ©s de ceux quâil entend manipuler⊠LâĂ©tranger perpĂ©tuel le Turc. Sâil est un point sur lequel tout le monde est dâaccord, câest la guerre contre le Turc, ennemi belliqueux et conquĂ©rant qui veut sâemparer de Rhodes et de Chypre, possessions vĂ©nitiennes, ennemi dâautant plus haĂŻssable quâil est habile stratĂšge, ennemi total puisque musulman. notre ennemi Ă tous, lâOttoman » p. 111 ; câest dâailleurs parce quâil est le plus apte Ă combattre cet ennemi quâOthello obtient lâaccord du Doge pour son mariage avec DesdĂ©mone⊠Le Turc est donc Ă la fois redoutĂ© pour sa puissance, et mĂ©prisĂ© Ă lâacte II, la tempĂȘte qui anĂ©antit sa flotte apparaĂźt comme un signe divin. Et Turc » est une insulte. Je dis le vrai, ou câest que je suis un Turc , dit Iago p. 161. et Othello, dans sa derniĂšre rĂ©plique, raconte que Ă Alep, une fois, voyant un malveillant Turc enturbannĂ© Frapper un VĂ©nitien et insulter Venise, Je saisis par la gorge ce chien circoncis Et lâembrochai, â ainsi. » p. 479-481. LâĂ©tranger perpĂ©tuel Othello ? Nous avons vu plus haut le caractĂšre ambivalent dâOthello, Ă la fois hĂ©ros reconnu, ĂȘtre parfait, mais aussi Barbare aux yeux de ses ennemis, et Ă ses propres yeux. aux yeux de Brabantio, DesdĂ©mone a trahi son propre sang » mĂȘme converti, mĂȘme Ă©duquĂ© comme un VĂ©nitien, mĂȘme devenu un hĂ©ros national, Othello reste un Barbare, Ă peine un humain Se pourrait-il quâune fille aussi tendre, aussi belle et heureuse, ⊠aurait couru ⊠vers la poitrine noire comme la suie dâun machin comme toi ? » p. 101 ; et p. 105 Si de tels mĂ©faits avaient libre cours, Esclaves et paĂŻens nous gouverneraient . Quoi quâil fasse, Othello ne sera jamais quâun esclave » et un paĂŻen ». Les mĂ©taphores qui le dĂ©signent sont soit animaliĂšres, soit diaboliques le diable », les sciences de lâenfer », un dĂ©mon » Il se croit immĂ©diatement trahi de DesdĂ©mone parce quâil doute de sa propre capacitĂ© Ă ĂȘtre aimĂ© ; pour lui aussi, le choix de la jeune femme est contre nature Est-ce parce que je suis noir, ou nâai en rien / les faciles maniĂšres des gens des villes, / ou redescends la pente de la vie⊠» p. 267. Lui-mĂȘme associe la couleur de sa peau Ă une souillure mon nom ⊠le voici souillĂ© maintenant, noir comme lâest ma face ». p. 281. Lâennemi perpĂ©tuel Iago. Iago est Ă la fois VĂ©nitien, soldat ayant fait la preuve de sa vaillance, et honnĂȘte homme aux yeux de tous, y compris dâOthello. Mais il est le pire ennemi, celui qui trahit de lâintĂ©rieur â la hantise des citadelles assiĂ©gĂ©es ! Seule DesdĂ©mone a, un moment, perçu sa mĂ©chante nature. Mais, une fois dĂ©voilĂ©, par un renversement spectaculaire, câest lui qui devient lâAutre absolu, tandis quâOthello est rĂ©intĂ©grĂ© parmi les hommes. Iago est alors fameuse canaille », ordure », suppĂŽt de lâenfer », vipĂšre », esclave damnĂ© » Y. Bonnefoy traduit a damned slave » par maudite canaille » p. 473 ; mais le terme slave », esclave » est important Iago Ă son tour est ravalĂ© au rang infra-humain qui Ă©tait celui dâOthello. Il devient mĂȘme chien de Sparte », promis au supplice â comme un esclave. Les prĂ©jugĂ©s contre les femmes Nous avons Ă©tudiĂ© plus haut les personnages fĂ©minins de la piĂšce. Si les femmes sont moins rejetĂ©es sans doute que les Ă©trangers, les prĂ©jugĂ©s Ă leur Ă©gard ne manquent pas, exprimĂ©s entre autres par Brabantio, Iago surtout, puis Othello lorsquâil est sous influence ; et lâon peut penser que la force de ces prĂ©jugĂ©s est pour beaucoup dans la facilitĂ© avec laquelle il a cru Ă la trahison de DesdĂ©mone. On est encore dans la lignĂ©e de la querelle des femmes » La femme est bavarde reproche constant dâIago Ă Emilia â et ironiquement, il sera effectivement confondu par les paroles de sa femme ! ; La femme est inconstante, lascive, toute entiĂšre soumise Ă ses dĂ©sirs cf. le discours dâIago Ă Roderigo, II, 1 ; La femme est surtout trompeuse, experte en mensonges, toujours prĂȘtes Ă berner un mari trop confiant Je sais trop ce que sont nos VĂ©nitiennes, Et quâil nâest que le Ciel qui sache les tours QuâĂ leurs maris elles nâosent certes pas dire. Toute leur morale, Ce nâest pas de ne pas pĂ©cher, câest de nâen rien faire voir. » p. 259 Mais Shakespeare croit-il en ces prĂ©jugĂ©s ? Sâil existe quelques beaux monstres fĂ©minins dans son théùtre, la monstruositĂ© est assez bien rĂ©partie entre hommes et femmes, et ces derniĂšres sont le plus souvent des victimes pitoyables et innocentes OphĂ©lie, Juliette⊠ou DesdĂ©mone. Dans Othello, elles ont le beau rĂŽle si Emilia dit en badinant, pour distraire DesdĂ©mone, quâelle trahirait son mari pour en faire un Roi », en rĂ©alitĂ© toutes les figures fĂ©minines se montrent ici honnĂȘtes, vĂ©ridiques, et sincĂšrement amoureuses du moins Bianca et DesdĂ©mone. La piĂšce apparaĂźt donc plutĂŽt comme un manifeste contre les prĂ©jugĂ©s sexistes. Conclusion Othello, le Noir de la piĂšce, ne devient conforme Ă la figure honnie du Barbare que sous lâinfluence dâun empoisonneur et de ses poisons ; avant, et aprĂšs, il redevient lâĂȘtre parfait dĂ©crit par les bons » personnages. Les femmes de la piĂšce ne correspondent en rien, bien au contraire, aux clichĂ©s sexistes des autres personnages. On peut donc en conclure que Shakespeare prenait grandement ses distances par rapport Ă ces prĂ©jugĂ©s ; sans les combattre frontalement, il savait les remettre en question. La jalousie dans Othello Othello nâest pas, au dĂ©part, vouĂ© Ă la jalousie Othello est un soldat, dont personne Ă part Iago et Roderigo ne met en doute lâhonnĂȘtetĂ© ni la vaillance ; lui-mĂȘme connaĂźt sa propre valeur il nâa donc aucune mĂ©sestime de soi, qui pourrait lui laisser croire que DesdĂ©mone pourrait en aimer un autre. En revanche, il a un sens de lâhonneur chatouilleux, et câest aussi par lĂ que Iago va le toucher. Othello, parfaitement honnĂȘte, sâattend Ă la mĂȘme attitude de la part dâautrui Le More est par nature franc, sans mĂ©fiance, Il croit les gens honnĂȘtes pour peu quâils le paraissent. » p. 145. Il accordera donc foi aux paroles dâIago, dont il nâimagine mĂȘme pas la noirceur ; et inversement, il se croira trahi par Cassio, car les apparences joueront contre celui-ci. Et de mĂȘme, par DesdĂ©mone, quand il pensera avoir la preuve de son infidĂ©litĂ©. Il nây a donc chez Othello aucune prĂ©disposition maladive Ă la jalousie quand Brabantio dĂ©pitĂ© lui lance Aie lâoeil sur elle, More, apprends Ă la surveiller. Elle a trompĂ© son pĂšre, elle peut aussi te tromper. » la seule rĂ©plique dâOthello est Jâai sa foi, jâen rĂ©ponds et sur ma vie ! » On peut y voir, bien sĂ»r, de lâironie tragique ; mais câest aussi et surtout une preuve dâamour et de confiance. Le seul personnage maladivement jaloux, câest Iago â comme un aspect de son envie universelle. PersuadĂ© que toutes les femmes sont lubriques et menteuses, il soupçonne tout naturellement la sienne, sans lâombre dâune preuve Car je soupçonne fort ce More fougueux dâavoir sautĂ© sur ma propre selle et cette pensĂ©e me ronge, comme un poison » p. 181 Emilia elle-mĂȘme y fera allusion acte IV, scĂšne II, lorsquâelle devinera que quelquâun a empoisonnĂ© » lâĂąme dâOthello Câest un sire de cette sorte qui vous avait retournĂ© lâesprit pour vous faire nous soupçonner, moi et le More » p. 383 Emilia non plus nâimagine pas toute la noirceur de Iago⊠et pourtant, elle partage sa vie. Ne minimisons pas la puissance de dissimulation de ce personnage, que tous, Othello, Cassio, Roderigo croient honnĂȘte presque jusquâau dĂ©nouement⊠Seul le public la connaĂźt, puisquâĂ plusieurs reprises Iago la lui a exposĂ©e, droit dans les yeux, exactement comme Richard III dans la piĂšce Ă©ponyme sâest peint lui-mĂȘme comme un criminel â pour le seul public. De la jalousie dâIago Ă celle dâOthello Emilia dĂ©crit ainsi la jalousie ils ne sont pas jaloux pour une raison, mais parce quâils sont jaloux. La jalousie ? un monstre qui sâengendre lui-mĂȘme, et se nourrit de soi. » p. 313 Mais cette jalousie est celle de Iago, non celle dâOthello. Pour Othello, il faudra dâabord lâaction constante, les insinuations perfides dâIago, le poison » moi, dans lâoreille de ce dernier, je verserai de la pestilence⊠» p. 221 Or souvenons-nous de la maniĂšre dont le pĂšre dâHamlet fut assassinĂ© par un poison versĂ© dans son oreille⊠Hamlet date de 1600, quatre ans Ă peine avant Othello ! Iago a le mĂȘme modus operandi » que Claudius, comme lui faux frĂšre » et imposteur. Lâempoisonnement commence trĂšs prĂ©cisĂ©ment par le Ah, je nâaime pas cela », p. 239 ; il se poursuit p. 247, par des allusions plus prĂ©cises. Or, Ă nouveau, Othello refuse de se laisser prendre il exige des preuves irrĂ©futables, concrĂštes. Crois-tu que je veuille une vie de jaloux, avec soupçons croissant et dĂ©croissant comme les phases de la lune ? ⊠⊠Non, non, Iago, avant de soupçonner je veux avoir vu. Et si je dois douter je demanderai des preuves. » p. 259 Ce nâest pas lĂ le comportement dâun jaloux maladif, mais dâun homme rationnel et droit ; en revanche, si on lui dĂ©montre la culpabilitĂ© de DesdĂ©mone, il tranchera, exactement comme il lâa fait en destituant Cassio. Et si le doute sâinsinue en lui, câest simplement quâil croit Iago honnĂȘte, et nâimagine pas une quelconque malveillance de sa part cet honnĂȘte homme » p. 265, cet homme est dâune extrĂȘme honnĂȘtetĂ© » p. 267 Or la preuve que va apporter Iago a toutes les apparences dâune preuve irrĂ©futable le mouchoir, cet objet Ă la fois talisman et signe dâamour, que Iago va faire apparaĂźtre entre les mains de Cassio â et qui suscitera les dĂ©nĂ©gations maladroites de DesdĂ©mone. LĂ encore, le spectateur nâignore rien de la machination, mais aux yeux dâOthello, cela ne peut apparaĂźtre que comme la preuve absolue de la trahison DesdĂ©mone nâa plus le mouchoir, mais elle ne fournit aucune explication ; elle sâobstine Ă plaider la cause de Cassio, avec qui on lâa vue discuter en tĂȘte-Ă -tĂȘte ; Iago, quâil croit honnĂȘte, lui raconte un aveu de Cassio durant son sommeil p. 285 plus tard, Othello entendra Cassio parler avec mĂ©pris dâune femme trop amoureuse⊠Enfin Cassio lui-mĂȘme est mal Ă lâaise face Ă Othello. Chaque fait isolĂ© a une explication, mais Othello, empoisonnĂ© par Iago, ne peut Ă©videmment comprendre autre chose que la trahison. Une juste colĂšre ? Othello est donc convaincu que DesdĂ©mone et Cassio lâont trahi. Sa rĂ©action est-elle condamnable, aux yeux de Shakespeare ? Rien nâest moins sĂ»r. Pour le comprendre, il faut revenir Ă dâautres figures de la jalousie, dans la littĂ©rature et le théùtre ; et une autre figure sâimpose alors celle de MĂ©dĂ©e. Dans la piĂšce dâEuripide, MĂ©dĂ©e nâest pas dâemblĂ©e condamnĂ©e, en tous cas pas Ă cause de sa jalousie. En effet, elle a tout donnĂ© Ă Jason en trahissant son propre pĂšre, elle lui a permis de conquĂ©rir la toison dâor et lui a donc donnĂ© le pouvoir ; elle a abandonnĂ© sa patrie pour le suivre Ă Corinthe ; elle lui a donnĂ© deux enfants. Et voilĂ quâil prĂ©tend dĂ©sormais la rĂ©pudier, pour Ă©pouser une princesse, CrĂ©ĂŒse⊠MĂ©dĂ©e revendique sa colĂšre, ÎŒáżÎœÎč, le mĂȘme mot quâAchille ! Elle la clame haut et fort, et le spectateur la suit ; EgĂ©e, dâailleurs, accepte de lâaccueillir. Si elle nâavait pas manifestĂ© sa fureur, elle eĂ»t passĂ© pour une Ăąme dâesclave, indigne de la princesse quâelle Ă©tait. Le seul moment oĂč elle est condamnable, câest quand elle se trompe de cible, et tue ses enfants. Mais ni le meurtre de CrĂ©ĂŒse, ni sa fureur contre Jason nâapparaissent indignes dâelle. Il faudra attendre SĂ©nĂšque, le stoĂŻcisme, et cette sagesse consistant Ă ne pas Ă©prouver de colĂšre, ni dâĂ©motion, mais Ă refouler sa douleur, pour que MĂ©dĂ©e apparaisse comme une folle, Ă la fois faible et criminelle. De la mĂȘme façon, Othello se montrerait faible et indigne de lui-mĂȘme, de ses valeurs, sâil acceptait le dĂ©shonneur du cocuage sans rĂ©agir si on lui apporte la preuve, alors il devra trancher. Relisons la page 258-259 Non, si je doute, je trancherai aussitĂŽt. ⊠AprĂšs quoi, preuve faite, quelle suite ? En finir sur-le-champ avec et la jalousie et lâamour. » Othello se considĂšre comme doublement trahi, dans ses sentiments, certes, mais aussi dans son honneur ; cf. p. 323 le dĂ©shonneur de DesdĂ©mone ne peut que rejaillir sur lui. Voici le dĂ©nouement â Lodovico Othello ! Toi qui Ă©tais un homme de bien, tâĂȘtre laissĂ© empiĂ©ger par cette maudite canaille ! Quel nom va-t-on te donner ? â Othello Ah, peu importe ! Un meurtrier par honneur, si vous voulez. Je ne fis rien par haine, je ne pensais quâĂ lâhonneur. » p. 473 Textes expliquĂ©s incipit Acte II, scĂšne 1 Lâincipit, p. 73-79, du dĂ©but Ă quâil y perde de sa couleur ! » Le tout premier texte met en scĂšne un des personnages principaux, Iago, accompagnĂ© dâun comparse, Roderigo, qui joue un peu ici le rĂŽle dâun confident il Ă©coute et donne la rĂ©plique Ă Iago. Le cadre et les prĂ©misses de lâaction La scĂšne se passe Ă Venise, la nuit. Rien nâindique pour le moment, clairement, dans quel contexte historique se joue la scĂšne, mais il sera fait plus tard des allusions Ă la bataille de LĂ©pante 1571. La piĂšce de Shakespeare datant de 1604, cela ne renvoie pas Ă un passĂ© bien lointain une trentaine dâannĂ©es⊠Les allusions Ă Rhodes et Chypre suffisaient aux contemporains pour situer la scĂšne. Le contexte est militaire Iago se plaint de nâavoir pas obtenu un poste de lieutenant auprĂšs dâOthello, et dâĂȘtre obligĂ© de se contenter dâĂȘtre son enseigne⊠Puis, Ă la fin du passage, le contexte change il est question de la fille », du pĂšre » quâil faut rĂ©veiller on suppose alors quâĂ la jalousie militaire se superpose une jalousie amoureuse. PrĂ©sentation des protagonistes La plupart des protagonistes sont prĂ©sentĂ©s ici, soit par eux-mĂȘmes en une sorte dâauto-portrait, soit par Iago et Roderigo. Le More de Venise, Othello De rang Ă©levĂ© il nomme son lieutenant, est servi par un enseigne, il est lâobjet de la haine, tant dâIago que de Roderigo. Chez Iago, la haine dâun homme qui se sent flouĂ© se mĂȘle au mĂ©pris le plus violent Lui qui se dĂ©lecte, dans son orgueil de tout ce quâil concocte, il les a menĂ©s en bateau avec son baratin, une soupe immonde, toute gonflĂ©e dâimages militaires. » p. 75 A ses yeux, Othello nâest quâun miles gloriosus , un beau parleur sans rĂ©elle valeur. Sa haine aveugle va le conduire Ă trahir Othello, et il thĂ©orise ici sa trahison et Ă lui nuire de toutes les maniĂšres possibles. Othello nâest pas mieux vu de Roderigo ; mais chez lui, sâexprime davantage une haine raciste il en a de la chance, ce lippu ! » que des griefs rĂ©els. On peut imaginer quâOthello fait preuve dâun certain aveuglement il se croit loyalement servi, et ne se rend pas compte de la haine quâil suscite. Michel Cassio Câest le jeune homme Florentin quâOthello a choisi pour lieutenant. Iago nous apprend quâil sâagit dâun homme Ă femmes, peu expert dans le mĂ©tier des armes. Iago le mĂ©prise, mais le hait somme toute moins quâOthello ; il servira dâoutil Ă sa vengeance. Auto-portrait dâIago Câest le personnage le plus agissant de la tragĂ©die, et le plus spectaculaire. Son portrait se prĂ©cisera tout au long de la piĂšce ; mais ici, dĂ©jĂ , il se manifeste comme un protagoniste câest lui qui prononce les plus longues tirades, qui donne des leçons et des ordres⊠Câest un redoutable manipulateur. Il apparaĂźt dâabord comme un homme en colĂšre il sâattendait Ă une promotion, et câest un homme de moindre valeur qui lâa obtenue Ă sa place. Toute la page 75 exprime sa fureur devant ce quâil ressent comme une Ă©norme injustice, dont Othello sâest rendu coupable. Puis, Ă partir de la p. 77, il passe Ă lâaction. Tout dâabord, sur un ton trĂšs sentencieux, il fait la thĂ©orie du serviteur traĂźtre ; il oppose le mĂ©prisable bon serviteur » amoureux de sa servitude, Ă lâhypocrite assumĂ© quâil veut ĂȘtre ; MoliĂšre se souviendra peut-ĂȘtre de cet Ă©loge de lâhypocrisie » dans son Dom Juan⊠Il nâest pas sĂ»r, dâailleurs, que Roderigo lâait bien Ă©coutĂ© ! En effet, il suit sa propre pensĂ©e â ce qui ne manque pas de produire un dĂ©calage comique entre la grandiloquence dâIago et lâindiffĂ©rence de son complice. Il entre immĂ©diatement en action, en poussant Roderigo Ă dĂ©noncer Othello et DesdĂ©mone au pĂšre de celle-ci dans sa haine contre Othello, il nâhĂ©site pas Ă tout piĂ©tiner autour de lui. DesdĂ©mone, la fille », nâa droit quâĂ son mĂ©pris elle aussi. Iago apparaĂźt ici comme un personnage inquiĂ©tant, dĂ©pourvu de tout scrupule moral, prĂȘt Ă tout pour se venger â et dâautant plus dangereux quâil sait revĂȘtir le masque du bon serviteur. Acte II, scĂšne 1, de mets-toi le doigt sur la bouche » Ă ce que permettront les circonstances ». Tous les personnages se sont retrouvĂ©s Ă Chypre ; entre-temps, le danger turc a disparu, et Othello veut fĂȘter en mĂȘme temps la sĂ©curitĂ© retrouvĂ©e et son propre mariage. Ici Iago tente une fois encore de circonvenir le naĂŻf Roderigo. Construction du texte DesdĂ©mone ne peut que se dĂ©goĂ»ter de son mari ; Elle ne peut quâĂȘtre amoureuse de Cassio ; Il faut donc passer par Cassio pour atteindre Othello. Câest un raisonnement faux de bout en bout⊠et pourtant, la machination va tragiquement rĂ©ussir ! Un jeu de massacre Une leçon de misogynie Le raisonnement dâIago semble implacable par sa nature mĂȘme, DesdĂ©mone est condamnĂ©e Ă trahir Othello. l. 15 Il y a chez lui une vĂ©ritable haine des femmes, qui sâexprime de la maniĂšre la plus brutale. Les femmes sont, selon lui, toutes entiĂšres guidĂ©es par des passions dĂ©vergondĂ©es et lascives » ; elles ont besoin de rĂ©veiller le dĂ©sir » ; le moindre geste nâest guidĂ© que par la paillardise », la luxure », les pensĂ©es dĂ©pravĂ©es ». Outre que Iago prĂȘte Ă DesdĂ©mone ses propres obsessions, on remarquera quâil se place dans une longue tradition misogyne, qui va dâAristophane aux Fabliaux, et Ă la Querelle des femmes ». Iago est lâĂȘtre qui toujours nie » rien ne rĂ©siste Ă ses convictions â ni Ă son mĂ©pris DesdĂ©mone nâest que la fille », semblable Ă toutes les jeunes folles ». Une leçon de haine raciste Rien dâOthello ne rĂ©siste au regard dĂ©valorisant dâIago. Ses rĂ©cits ? ses rodomontades et de fantastiques mensonges », des balivernes ». Sa personne ? Il nâa ni charme, ni jeunesse, ni Ă©lĂ©gance ; il ne peut que susciter le dĂ©goĂ»t et la haine â lâamour de DesdĂ©mone nâest, au mieux, quâune illusion, au pire, un mensonge. Mais Iago nâest pas tellement diffĂ©rent, en cela, de Brabantio, par exemple, ou de Roderigo lui-mĂȘme⊠La haine et le mĂ©pris envers les protagonistes nâest donc, chez Iago, quâune monstrueuse amplification des clichĂ©s misogynes et racistes qui ont cours dans la sociĂ©tĂ© oĂč il vit ; et câest sans doute pourquoi on lâĂ©coute, et on le croit il fait Ă©cho Ă la pensĂ©e profonde de son public. Une haine gĂ©nĂ©rale⊠⊠qui nâĂ©pargne Ă©videmment pas le Beau Cassio » ce coquin est un beau parleur » sous une apparence polie et sympathique, câest lui aussi un monstre sensuel et prĂȘt Ă tout ; un homme sans qualitĂ©s » mais capable de les simuler toutes⊠Auto-portrait dâIago lâhomme qui toujours nie » Bien avant le MĂ©phistophĂ©lĂšs du Faust de Goethe, Iago constitue la parfaite figue du nihiliste. Rien ni personne Ă ses yeux ne trouve grĂące, ni DesdĂ©mone, ni Othello unanimement respectĂ© comme chef militaire, ni Cassio⊠ni mĂȘme Roderigo, qui nâest Ă ses yeux quâun benĂȘt Ă Ă©duquer, et un moyen. Il semble vivre dans un monde entiĂšrement nĂ©gatif, oĂč les apparences les plus riantes ne recouvrent quâune noirceur intĂ©grale. Sa haine sâattache particuliĂšrement aux sentiments, qui littĂ©ralement, Ă ses yeux, nâexistent pas. Toute sympathie ne peut ĂȘtre que de nature sexuelle â or le sexe le dĂ©goĂ»te profondĂ©ment. Le Pouah ! » de la ligne 44 est un cri du cĆur ! Lui-mĂȘme, dâailleurs, vit avec sa femme dans le conflit et le mĂ©pris. Un redoutable parleur Iago cependant est Ă©coutĂ©, peut-ĂȘtre parce quâil nâest pas dĂ©nuĂ© de talent. Un talent dâargumentateur il sait tordre la rĂ©alitĂ© pour convaincre, flatter son interlocuteur ta sagacitĂ© », dĂ©montrer et persuader⊠Un jeu dâacteur on peut imaginer une verve de bonimenteur Madame la SensibilitĂ©, jeu sur les images le vin quâelle boit est fait dâun fameux raisin »⊠Une rĂ©elle autoritĂ© nombreux impĂ©ratifs⊠Conclusion Iago sâaffirme comme un personnage dangereux ; rien ne saurait le convaincre une fois quâil a pris quelquâun dans ses filets, et il ne reculera devant rien. Et le pĂąle Roderigo nâest quâune marionnette entre ses mains. Bibliographie Darge Fabienne, LâOthello sauvage de Thomas Ostermeier , Le Monde culture, 21 mars 2011. Marienstras Richard, Le Proche et le lointain. Sur Shakespeare, le drame Ă©lisabĂ©thain et lâidĂ©ologie anglaise des XVIĂšme et XVIIĂšme siĂšcles. Ăditions de Minuit, 1981. Lire en particulier le chapitre VI. Marienstras Richard et Gow-Blanquet Dominique, Autour dâOthello, colloque des 5-6-7 fĂ©vrier 1987, Amiens, Presses de lâUFR Clerc, UniversitĂ© de Picardie, 1987. Sissa Giulia, La Jalousie, une passion inavouable, Odile Jacob, Paris, 2015, 259 p. lire notamment lâanalyse dâOthello, p. 152-160.
Ă propos de France, de Bruno Dumont Une journaliste dâune TV allemande, lors des inondations de juillet, ne sâest-elle pas mis de la boue sur elle pour faire genre, comme si elle avait aidĂ© les sinistrĂ©s, et nous raconter des salades et tout bidonner ? Du France toute crue, non ? » Le Monde, propos recueillis par Jacques Mandelbaum Les journalistes parlent au nom de la France, les journalistes parlent au nom des Français en permanence ; regardez la tĂ©lĂ©vision, ils prennent toujours Ă partie les Français en disant les Français pensent que⊠On parle de nous Ă coups de sondages en permanence, on est sondĂ©s en permanence, on sait que les sondages sont faux, et toute lâargumentation des Ă©changes qui se font sur les plateaux se font avec ces bases dâinformations qui sont fausses. Les gens en ont assez tout simplement de cette reprĂ©sentation-lĂ . » LâInvitĂ© des matins, France Culture, propos recueillis par ChloĂ« Cambreling Francecaste La rĂ©ception dâun film, celle du public comme celle de la critique » est toujours intĂ©ressante Ă analyser. Ainsi le film de Bruno Dumont, France, a Ă©tĂ© huĂ© Ă Cannes par une partie de ladite critique », Ă savoir le personnel mĂ©diatique, quelque peu malmenĂ© par le rĂ©alisateur dans son dernier long-mĂ©trage. VoilĂ pour le mode frontal ; sur un mode plus soft, celui de la rĂ©ticence mesurĂ©e forte de sa superbe subtilitĂ© et de son surplomb, mais sur le fond non moins hostile, on a eu droit Ă la critique raffinĂ©e Non, dĂ©cidĂ©ment, monsieur Dumont, habituellement nous-aimons-beaucoup-ce-que-vous-faites, mais lĂ , non, vraiment, câest bien trop gros, trop grossier, grosses ficelles, dâun lourd ! AppuyĂ©, trop long, et-finalement-ça-dessert-le-propos. De mĂȘme une journaliste de France Culture recevant Bruno Dumont, je rapporte en rĂ©sumant et sans caricaturer Non nous ne sommes pas la parole officielle / vous ĂȘtes dur avec nous / nous ne vous avons pas attendu pour ĂȘtre nous-mĂȘmes trĂšs critiques envers le systĂšme mĂ©diatique. [1] Habituelle ritournelle, celle de la dĂ©fense de la dĂ©ontologie et de lâindĂ©pendance ainsi le systĂšme de lâinfo-spectacle ne rĂ©siderait que ou essentiellement dans et par la verticalitĂ©, lâautoritarisme des dĂ©cideurs de la fabrication de lâinfo â qui plus est, en continu ». Il est dâailleurs notable que toutes ces critiques des professionnels de la profession, des plus dĂ©favorables jusquâaux faux-amis, jurent bien sĂ»r leurs grands dieux quâil ne sâagit nullement lĂ de corporatisme ! Nous sommes ici dans le monde clean des gens de bonne compagnie, libres de leur libre-arbitre et particuliĂšrement conscients de leurs lourdes responsabilitĂ©s dans lâĂ©dification quotidienne des masses contemporaines atomisĂ©es, un monde de Chevalerie moderne des arts et des lettres en quelque sorte, monde des idĂ©es loin de toute sociologie et des intĂ©rĂȘts bien compris, loin de la boue et du vulgaire, des incongruitĂ©s et des paroles dĂ©placĂ©es autrement dit, tant que Dumont faisait dans le grossier », quand il sâagissait de plĂšbes du ChâNord et/ou dâautres temps Ma Loute, Pâtit Quinquin, Coincoin et les ZâinhumainsâŠ, tout allait bien, mais lĂ , franchement Nous Nous, la caste, qui bien sĂ»r, ne saurait exister que dans lâimagination de douteux populistes, nous mĂ©ritons mieux ! Vraiment, vous mĂ©ritez mieux ? semble adresser le film Ă ladite caste, qui, prĂ©visible en diable ajoutant lĂ une joyeuse pincĂ©e dâĂ©pice Ă la dĂ©solante comĂ©die du rĂ©el » qui se joue hors-salle se dĂ©fend dâautant plus bec et ongles que, de la caste au casting â et rĂ©ciproquement â France dĂ©ploie un jeu de miroirs fort mal-aimable et pour ne pas dire un tantinet pervers, une peinture en 3D voire en 4⊠dâun monde / bocal / aquarium dâentre-soi, qui, Ă la façon des labyrinthes de verre des parcs dâattractions sonne un glas des plus glaçants. France, portrait dâune femme, dâun pays, dâun systĂšme » câest lâaccroche de prĂ©sentation du film par les principaux producteurs, 3B productions ; acceptons donc lâinvitation, en cheminant Ă rebours de son Ă©noncĂ©. I Affabulations Un systĂšme » hologrammes et ectoplasmes France sâouvre sur une scĂšne qui, littĂ©ralement, campe le dĂ©cor une confĂ©rence de presse du prĂ©sident Macron Ă lâĂlysĂ©e ; il sâagit bien ici, du vrai prĂ©sident, et la scĂšne a en effet bel et bien Ă©tĂ© tournĂ©e au Palais, sous les dorures de la RĂ©publique, pour reprendre lâexpression usĂ©e et en usage. Habile montage numĂ©rique sâil en est mais depuis plus de vingt ans CGI et autres trucages numĂ©riques nous ont tant habituĂ©s Ă lâinvraisemblable devenu vraisemblance que nous en sommes blasĂ©s â habituĂ©s, fatiguĂ©s, au point que plus rien ne nous Ă©tonne. PrĂ©cisĂ©ment, ici, lâhabilitĂ© du montage ne rĂ©side pas lĂ oĂč lâon pourrait le penser, dans sa prouesse technique, mais dans son traitement esthĂ©tique [2] perspectives subtilement tronquĂ©es, lumiĂšres surexposĂ©es ou contrastĂ©es â dans ce quâil met, littĂ©ralement, en lumiĂšre, en surexposition. Soit, cĂŽtĂ© Prince, une image surrĂ©elle tout en lumiĂšre excessive, le monarque apparaissant plus que jamais en Roi-Soleil-PDG-DirâComâ, image de synthĂšse, androĂŻde, sur-humain dans sa version transhumaniste, autant dire un cyborg liste Ă complĂ©ter ad nauseam, tout cela au choix ou tout en mĂȘme temps ; cĂŽtĂ© public », un parterre de journalistes accrĂ©ditĂ©s, presque un tableau, une image peinte, qui se prĂ©sente comme rĂ©aliste et se veut concrĂšte, public figurant le peuple, qui, bien sĂ»r, manque. Sur ce quâil sây dit et comment la scĂšne se dĂ©roule ? eh bien il ne sây dit pas grand-chose, bien sĂ»r, si ce nâest rien » mais un rien qui dit nĂ©anmoins, forcĂ©ment, quelque chose, car tout est dĂ©jĂ de part et dâautre surcodĂ©, bien en amont et par-delĂ toute entente conspirative le Spectacle nâest pas un complot , câest une misĂšre » / Debord ; ce qui rend dâautant plus possible et pratique ! le trucage la parole prĂ©sidentielle piquĂ©e lors dâune confâ de presse qui a rĂ©ellement eu lieu puis remontĂ©e-traficotĂ©e â v. insert du gĂ©nĂ©rique de fin du film est dâelle-mĂȘme naturellement » et suffisamment mĂ©canique et vide, telle la bande sans fin dâun tape-recorder se dupliquant en permanence, quâelle peut bien en toute circonstance rĂ©pondre » Ă nâimporte quoi, que ce soit en live ou via un montage audio-vidĂ©o ad hoc, et ce dâautant plus aisĂ©ment que lesdites questions » sont elles aussi de parfaits organes et miroirs de la machine. Jusquâici tout va bien. Nous sommes au théùtre, de trĂ©teaux et de foire, face Ă une commedia ; le peuple », son substitut, son ersatz, son imposture journalistique ricane, Ă la maniĂšre dâune caricature du langage des signes, en inversion/traduction bouffonne de ladite comĂ©die de masques [3] grimaces, gestes obscĂšnes, propos orduriers Ă lâappui de Lou Blanche Gardin qui tient le rĂŽle dâune plĂšbe factice, pseudo-plĂšbe complice dans un numĂ©ro-duo incestueux avec le Prince sur le mode clown blanc / Auguste. Mais tout ce théùtre, ce cinĂ©ma, sont théùtre, cinĂ©ma, vides dâacteurs et dâactrices â au sens de ceux et celles qui agissent, car ici ne sâagitent que des fantĂŽmes, des ombres théùtre dâombres est lâautre nom de la scĂšne politique nous sommes au dĂ©sert, non celui de lâĂ©mergence possible de lâĂvĂ©nement, non celui de lâespace vide de Brook ou du ThĂ©orĂšme de Pasolini, mais plutĂŽt dans un trou noir, un espace-temps inversĂ©, le dĂ©sert absolu du spectacle clos-pliĂ©-chiffonnĂ© sur lui-mĂȘme, tout Ă la fois mondialisĂ© et provincial, dĂ©sert nihiliste dâune autodestruction en marche de fin du monde [4] ; car ici, si ici veut encore dire, signifier quoi que ce soit, il nây a, en fait, dĂ©jĂ , plus personne il nây a plus que des personae, des masques â mortuaires. Le fait que Macron joue » [5] si lâon peut dire son propre rĂŽle nâest ni anecdotique ni anodin au-delĂ de la mĂ©canique comique de la technique, câest bien le fait quâil nây a, surtout, pas besoin de doublure pour incarner un tel personnage lâimage-montage sera sans conteste, toujours, le meilleur choix, et en tous points supĂ©rieur car, ici la copie vaut mieux que lâoriginal, puisquâelle lui est, au fond, Ă©gale. La scĂšne dâouverture plante le dĂ©cor, ou mieux elle nous invite, pour le lire, Ă voir le film sous un angle particulier, Ă la maniĂšre dâune anamorphose, soit Ă partir dâun dispositif, dâune disposition, dâun point de vue oĂč tout devient, ou tout du moins, est susceptible de devenir, potentiellement, virtuellement, un ou une multiplicitĂ© de dĂ©cors, dans le supposĂ©-rĂ©el que nous propose le rĂ©cit en forme du nom de France » le systĂšme, le pays, la femme. Le film est ainsi, tout entier, un théùtre des opĂ©rations â au sens militaire mais aussi dans un espace gĂ©omĂ©trique / mathĂ©matique [6] â, de mises en scĂšne et dâauto-mises en scĂšne prolifĂ©rantes guerres, migrants, misĂšre, reality et family-shows, romance, faits-divers sordides et monstrueux, jusquâĂ lâacte manquĂ© dâun smartphone restĂ© incongrument Ă lâantenne, mais acte dont les retombĂ©es mĂ©diatiques seront probablement et ĂŽ combien opportunĂ©ment recyclĂ©es, positives et juteuses ! [7] ⊠France est une fable, une fiction un film en trompe-lâĆil qui sâassume comme tel, comme un regard-camĂ©ra qui semble dire Ă chaque instant ceci nâest pas une pipe. Et si lâon peut sourire, voire rire parfois, ce nâest pas drĂŽle. Le pays » qui sâesquisse ici nâest pas, ou pas seulement, pas essentiellement, celui dâune comĂ©die, câest un territoire louche, une interzone qui louche vers un tragique instable et une comĂ©die tronquĂ©e, qui trace un diagramme [8] mĂ©lancolique de lâĂ©poque oĂč, en lâoccurrence, ricanement douteux et miĂšvrerie font trĂšs bon mĂ©nage. Un pays » ? ventriloques et zombies Rappelons le pitch en quelques mots France de Meurs LĂ©a Seydoux, jeune-blonde-riche-et-jolie, est LA tĂ©lĂ©-star journaliste-productrice-rĂ©alisatrice de terrain » et de plateau » du moment ; peu heureuse en mĂ©nage, voilĂ quâau faĂźte de sa gloire, elle renverse accidentellement un jeune homme en scooter ; lâaccident est sans gravitĂ© mais le petit caillou, le scrupulus va dĂ©clencher une grave dĂ©pression câest le coup du grain de sable qui vient gripper la machine. France de Meurs se meut dans un monde-systĂšme largement hors-sol, et le scrupule lui envoie une premiĂšre flĂšche, en forme de question aussi simple que ravageuse que se passe-t-il, vraiment, au dehors du bocal invisible, des dĂŽmes plateaux, studios, appartement luxueux⊠dans lesquels tu frĂ©tilles ? Y a-t-il, mĂȘme, encore un monde, concret, palpable, dicible, atteignable ? Oui, bien sĂ»r, pourrait rĂ©pondre et objecter le bon sens dont il faut toujours se mĂ©fier ; sauf que la question ici posĂ©e ne se place pas du point de vue du bon sens, mais bien sur le terrain de sa subjectivitĂ© consciente et inconsciente quel est le regard de France sur le monde, sur le pays quâelle nâ habite pas ? de quel type de regard est-elle capable, depuis le cocon, de quoi est-il pĂ©tri ? Ă son tour que renvoie le pays France, Ă France ? En vrac ⊠Un banquet des Ă©lites », parterre consanguin de bourgeoisie techno-capitaliste et mĂ©diatique, devant lequel la reprĂ©sentante dâune multinationale, en vĂ©ritable campagne politique, assume explicitement et frontalement et non sans jouissance le banditisme organisĂ© de sa classe prĂ©datrice et la nĂ©cessaire liquidation de lâĂtat â et Ă travers lui, de toute forme de communs » ; sâensuit une petite messe de table, sur le mode repas de famille, oĂč le mĂȘme discours se rĂ©pĂšte, se dĂ©cline en mode tranquillement inquisiteur, histoire de vĂ©rifier que les membres du club, de la caste, de la famille, de la mafia, ne vont pas virer hĂ©rĂ©tiques, sermon qui sonne comme une menace fielleuse, comme dans toute cosa nostra ce qui nâempĂȘchera dâailleurs pas le parrain » de sâĂ©touffer tout seul [9]⊠⊠Une famille franco-arabe bien gentille le Baptiste du scooter Jawad Zemmar est lĂ©gĂšrement benĂȘt et ses parents fans de France. Famille prolĂ©taire dans les ennuis financiers rivĂ©e au monde de la lucarne qui joue timidement et contre son grĂ©, Ă son insu, la mĂ©canique dâune rĂ©plique façon tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, tandis quâau-dehors un magazine people guette le scoop⊠⊠Une soupe populaire, une asso dâaide aux plus pauvres choc frontal et violent comme un car crash France a beau faire, elle nâest pas ipso facto la bienvenue⊠⊠Une pauvre femme perdue dans sa propre maison et sa çale histoire, quelque part sur la CĂŽte dâOpale, et qui nâa rien vu venir du cĂŽtĂ© de son homme infĂąme⊠⊠Un jeune inconnu menaçant en plein pĂ©tage de plomb qui, sans raison apparente, fait effraction dans le rĂ©cit, fracassant un vĂ©lo en guise de meurtre symbolique⊠Car au dehors du théùtre de foire-fantĂŽme et du monde factice du simulacre, câest la dĂ©solation dâun pays dĂ©-peuplĂ©, zombifiĂ©, dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©, dĂ©sespĂ©rĂ© ou atteint de ventriloquies. Ăa peut bien parler et il faut, mĂȘme, que ça parle, car The Show Must Go On et le show est un vampire qui se nourrit de ces malheurs, mais quâest-ce que cela articule ? MĂ©lancolie, sĂ©nilitĂ©, ressentiments, haines, dĂ©sespoirs, France le pays est un nom-vitrine, un dĂ©cor, un signifiant vide pour citer Laclau et Mouffe, un pays comme bien dâautres, saignĂ© Ă blanc et en voie de dissolution numĂ©rique, en proie aux prĂ©dations Ă©conomico-mĂ©diatiques jamais rassasiĂ©es, prison mentale dâun monde virtualisĂ© qui semble avoir dĂ©finitivement lobotomisĂ© tout un chacun. Mais puisquâil est question de systĂšme, il faut bien que celui-ci trouve appuis et mĂ©diums le personnage de Lou / Blanche Gardin, davantage quâune assistante, incarne bien le double, lâombre sans faille de France, celle sans qui lâĂ©croulement aurait dĂ©jĂ eu lieu ; car avec Lou chaque obstacle, dĂ©pression, est objet de rebond. ConnectĂ©e en permanence Ă son smartphone et ses tablettes, elle est organiquement liĂ©e au monde virtuel qui ne cesse de sâactualiser, faisant corps-machine-avec ; elle est lâinterface vivante, deus ex machina et vice-versa ! des rĂ©seaux sociaux lĂ serait le vrai peuple » dâaujourdâhui, incarnation du prĂ©sentisme [10], de lâannulation obstinĂ©e de toute expĂ©rience sensible authentique un agent Smith du Spectacle, nihilisme pur qui ne connaĂźtra jamais aucun Ă©tat dâĂąme elle en semble parfaitement dĂ©pourvue. Dans la fable France aux allures faustiennes et oĂč les trois paliers [11] systĂšme-pays-femme se superposent et se confondent, elle tient la part du diable Dumont est hantĂ© par la question du bien et du mal, est essentielle Ă la mise en tension Ă©quilibre / dĂ©sĂ©quilibre de la mĂ©canique tragicomique, contrepoint nĂ©cessaire Ă France, la femme. Mais, de quelle femme, de quelle sorte dâĂȘtre humain sâagit-il ? lĂ est la question. Une femme » persona Est-elle, ou nâest-elle pas ? Le film semble poser le problĂšme en filigrane, en douce, Ă lâencre sympathique ou antipathique, insidieusement. Ă part quelques scĂšnes de la vie conjugale et familiale, on ne sait rien ou si peu de France de Meurs, et probablement pas beaucoup plus en tous cas que ce que peuvent en raconter magazines people et rĂ©seaux sociaux ; jusque dans lâintimitĂ© de lâappartement de la Place des Vosges, sublime et froid comme un dĂ©cor, France est avant tout une image. Certes, il y a le mari Fred, Benjamin Biolay â Ă©crivain de son Ă©tat, certes, il y a lâenfant Joseph, GaĂ«tan Amiel â lui aussi rivĂ© Ă sa tablette et son smartphone une famille rĂ©duite Ă son strict noyau, voilĂ qui pourrait donner quelque consistance, un peu de chaleur, dâempathie et dâhistoire charnelle. Mais Dumont reste volontairement Ă la surface, et le foyer comme lâamour semblent choses mortes ou figĂ©es, congelĂ©es, perdues ; inaccessibles. France, la femme, lâĂ©pouse, la mĂšre, est littĂ©ralement dĂ©sincarnĂ©e, son propre produit, son propre persona. Curieusement, elle nâest pas mĂȘme propriĂ©taire » de son nom de famille de Meurs, câest celui de son mari. Nous nâen saurons pas plus, toujours est-il que de Meurs est un nom qui sonne » du cĂŽtĂ© de la mort ; est-ce lĂ une fin tragique annoncĂ©e, pour le mari et le fils, pour ce pays qui se meurt, pour la femme qui â peut-ĂȘtre â renaĂźtra de ses cendres ? Chez Bergman Persona, Elisabeth Vogler / Liv Ullman perd la voix sur la scĂšne en incarnant Ălectre dans la tragĂ©die du mĂȘme nom ; dans France, France perd elle aussi la voix » et peut-ĂȘtre la voie. Mais lĂ oĂč la tragĂ©dienne ne bougera plus dâun iota dans sa dĂ©sertion aphasique, amoureuse et professionnelle, emportant tout sur son passage dans son voyage immobile et intĂ©rieur, et avec elle lâinfirmiĂšre Alma / Bibi Andersson dans un jeu de doubles et de miroirs dâune charge puissamment Ă©rotique, France, elle, sâĂ©gare, sâagite, se reprend, va et vient, recommence, zigzague⊠Quelque chose sâest certes dĂ©clenchĂ© et dĂ©traquĂ© avec lâaccident du scooter, un incident Ă dĂ©marreur comme un exercice oulipien Ă la Perec que se passerait-il si⊠, le comble, et le plus drĂŽle, le plus intĂ©ressant aussi Ă©tant que celui-ci est vraiment mineur, voire minable ! Mais si la brĂšche est si Ă©troite, si petite, minable elle aussi, câest parce quâelle est somme toute Ă la hauteur, si lâon peut dire, de la femme sans qualitĂ©s de son Ă©poque et de son cocon nous nâavons plus rien dâĂ©pique, clap de fin / fin de lâHistoire, juste des histoires, des mises en scĂšne, des storytelling⊠Car si France, trĂšs momentanĂ©ment, perd la voix », elle ne perd jamais tout Ă fait la tĂȘte, elle ne cesse de se ressaisir, de rebondir, de recommencer, son devenir semble patiner, faire du surplace. ArrĂȘtons-lĂ le clin dâĆil bergmanien. Autres temps, autres mĆurs, autres milieux, autre contexte intellectuel et politique, Persona porte la marque et la signature des annĂ©es 1960 ; le persona dont il sâagit ici louche et lorgne bien davantage vers un persona » de marketing [12], sans cependant sâexclure totalement dâune dimension tragique. Jeune-jolie-blonde-blanche-riche France, la femme, est dĂ©plaisante, a priori haĂŻssable Ă souhait, narcissique au possible, et dĂ©teste quâon lui rĂ©siste [13] ; elle gagne cinq fois plus que son mari », ne sâest visiblement jamais posĂ© la question de savoir comment sâorienter, se situer politiquement, le comble pour une journaliste qui se veut poser un regard sur le monde » [14]. Et puisquâil est question de regard, celui que Dumont nous invite Ă poser sur France, la femme, nâest pas non plus, a priori, un regard dâempathie nous aussi nous lui rĂ©sistons, nous rĂ©sistons Ă la rĂ©alitĂ© ou du moins Ă la consistance, lâĂ©paisseur, la profondeur de sa fĂȘlure, Ă ses manĆuvres de sĂ©duction, Ă ses pleurs parce quâau fond de nous, il y a un doute. Il nous est difficile dây croire tout Ă fait, de se laisser spontanĂ©ment embarquer â comme en amour â, tant lâimage-tĂ©lĂ©-star colle Ă la peau de la femme. Dans la course ou le match qui se joue, elle a un handicap qui barre ou rend incertaine toute sincĂ©ritĂ©, improbable voire suspecte sa mĂ©tamorphose. Câest bien la question centrale que pose le film peut-on changer ? Et il la pose, prĂ©cisĂ©ment, Ă partir dâun personnage dont on peut douter Ă juste titre, non seulement de la sincĂ©ritĂ© mais de son existence-consistance mĂȘme de sa rĂ©alitĂ©-mĂȘme le persona » de marketing, factice â autant dire une arnaque ; ou pour le formuler autrement Ă force de spectacle, y a-t-il encore quelquâune derriĂšre tout ce factice, derriĂšre le masque ? [15] Mais Ă cette question il ne sâagit pas de rĂ©pondre â catĂ©goriquement du moins. Il ne sâagit ni de suivre France dans son histoire Ă lâeau de rose elle serait lâhĂ©roĂŻne-positive-pauvre-victime » [16] 1, dâune machination de paparazzi ; 2, dâun monde par trop cruelâŠ, ni de rĂ©duire son personnage Ă la seule hypocritĂšs celle qui feint », car si le masque lui colle Ă la peau, il est clair quâil lui arrive quelque chose et que le masque se fissure et tout comme elle, nous ne pouvons savoir ce quâil en sortira. Ce nâest pas donnĂ© dâavance â il nây a pas de vĂ©ritĂ© » quâil suffirait de dĂ©voiler » il y a un processus, avec ses limites. Peut-on changer radicalement ? On peut le penser ; le dĂ©sirer ; France-le-personnage le dĂ©sire aussi et se dĂ©bat avec cette question ; mais comme en psychanalyse ou dans toute prise de conscience », cela ne suffit pas⊠ce nâest quâun dĂ©but⊠qui nâira pas, ne peut aller en ligne droite dâoĂč les zigzags. On peut certes ne pas adhĂ©rer Ă cette hypothĂšse, la jugeant par trop invraisemblable ; mais câest sur cette hypothĂšse que le film prend appui un problĂšme posĂ©, et un pari, celui dâun changement, incertain, tĂ©nu, mais somme toute ! peut-ĂȘtre possible. Je fais donc ici, avec le film, le pari, et joue le jeu celui du spectateur, partie prenante du film, et de la fable. Alors oui, probablement, France-personnage voudrait changer. Mais le peut-elle, et jusquâĂ quel point ? Et puisque personne nâest seule au monde, autrui France-et-son-monde » en quelque sorte la laissera-t-elle faire ? Comme dans la sĂ©rie tĂ©lĂ© des sixties Le Prisonnier, elle semble ne pas pouvoir sâĂ©chapper du Village, le gros ballon de la Matrice la course, la rattrape et lâĂ©touffe â elle-mĂȘme faisant corps-avec ledit ballon⊠[17] Aussi pour longtemps â le temps recomposĂ©, montĂ©, fictionnel du film â France demeure » en poupĂ©e russe un personnage dans le personnage dont il faut interroger la fonction ou la nature, dans la toile de la mĂ©canique dramatique. Car au-delĂ de lâimage quâelle incarne », France la femme » est dâabord une figure, un prĂ©texte, un dĂ©marreur », Ă son tour, celui dâune machine tragique tournĂ©e vers les spectateurs et spectatrices, un regard-camĂ©ra obsĂ©dant qui nous est adressĂ©, un ostinato pouvons-nous changer ? France, la femme-fable, pose et se pose lâimprobable problĂšme du rachat, de la rĂ©demption, et au-delĂ de toute connotation morale et religieuse, du changement, du devenir. France, le film, ne donne pas la solution il nây en nâa pas, pas de dĂ©jĂ -lĂ . Il met plutĂŽt en abĂźme une sĂ©rie dâautres problĂšmes, qui ne sont pas que » philosophiques, mais liĂ©s au cinĂ©ma lui-mĂȘme. Car Ă bien y regarder â nous revenons ici sur lâidĂ©e dâanamorphose â tout ou presque dans France sonne faux, et la matiĂšre, le matĂ©riau-film lui-mĂȘme, se fait Ă son tour acteur-personnage dans une auto-mise en scĂšne qui met en jeu une autre question celle de la vĂ©ritĂ©, du vrai et du faux. La tragĂ©die plus ou moins toc, la parole ventriloque-perroquet, la romance Ă lâeau de rose avec Charles Emanuele Arioli, vĂ©ritable roman-photo façon Nous Deux sur fond de musique mĂ©lancolique celle de Christophe, dĂ©jĂ aux manettes dans Jeanne, tout cela concourt Ă poser la question de la rĂ©alitĂ© » de la vĂ©ritĂ© », de sa perception ; question elle-mĂȘme excĂ©dĂ©e par une autre, plus retorse quel film suis-je en train de voir ? Que recĂšlent â ou donnent Ă lire et voir â ces images ? II FenĂȘtres sur cours TĂ©lĂ©cinoches La scĂšne dâouverture â la confĂ©rence de presse prĂ©sidentielle â donne la clĂ© de lecture du film on plante le dĂ©cor. Si lâon prend la chose au sĂ©rieux, câest alors toute notre façon de voir qui est dĂ©viĂ©e, notre regard qui sâen trouve acĂ©rĂ© les plans le cadre, la structure du scĂ©nario, tout converge vers un film mille-feuille oĂč se succĂšdent, voire se superposent, sit-com, roman-photo, telenovelas, tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, docu-fiction et⊠cinĂ©ma. Les images ne cessent de mentir ou de semer le doute ; lâappartement est un dĂ©cor de théùtre, mĂȘme sâil est vrai » ; le pare-brise de la voiture de France se prĂ©sente Ă lâĂ©cran tel quâil devient lui-mĂȘme un Ă©cran Ă fond perdu comme celui dâun plateau tĂ©lĂ© ; lâhĂŽtel de luxe est une maison de repos oĂč lâon peut â pour de bon â perdre la tĂȘte et se faire des films [18] le cinĂ©ma se convoque lui-mĂȘme dans une saturation dâimages-fantĂŽmes [19] ; la deuxiĂšme flĂšche », le second accident du film une histoire dâamour tout-en-rose qui sâavĂšre nâĂȘtre quâune manipulation pour la presse Ă sensation deuxiĂšme flĂšche, deuxiĂšme question lâamour est-il possible ? et lâon ne peut discerner, pour France, ce qui la fait le plus souffrir, de la dĂ©ception amoureuse, de lâĂ©croulement du rĂȘve ou de la blessure narcissique ; la mise en scĂšne de soi et de la guerre faisant Ă©cho Ă dâautres spectacles, dâautres mensonges, dâautres ego, tĂ©lĂ©visuels, surdimensionnĂ©s [20] ; sans oublier du Bresson dâaujourdâhui », avec une des scĂšnes de la fin du film, oĂč Dumont fait retour Ă la CĂŽte dâOpale et Ă sa filmographie [21], Ă travers un fait-divers aussi triste que sordide interview de la mĂšre, recueillement de France devant la photo de la petite fille violĂ©e et assassinĂ©e, puis devant un champ de boue, murmurant un Câest beau des plus⊠pathĂ©tiques⊠; lâaccident-tragĂ©die-annoncĂ©e on voit venir la chose de loin le car crash mortel du mari et du fils, quelque part entre la fin des Valseuses et la scĂšne toujours rejouĂ©e des Choses de la vie⊠Oui, le film en fait trop, il dĂ©gorge du faux, sans cesse et jusquâĂ plus soif. JusquâĂ son casting car qui est France, si ce nâest LĂ©a Seydoux, lâactrice française Ă la carriĂšre internationale Tarantino, Ridley Scott, Woody Allen, Raoul Ruiz, franchise James Bond et Mission impossible⊠et fifille de bonne-grande famille ? Lou, Blanche Gardin, on ne peut plus dans le show ? Fred, Benjamin Biolay, qui connaĂźt bien ce monde-lĂ ? Et encore, et jusquâĂ plus soif les journalistes qui jouent leur propre rĂŽle ou presque⊠et encore, Ă©crivains, universitaires⊠La distribution est en elle-mĂȘme un film dans le film et il ne sâagit pas ici de copinage potache, mais bien dâun cadrage, dâune contrainte du regard, dâune Ă©criture de ce point de vue, il nây a pas de diffĂ©rence de nature entre Pâtit Quinquin et France ; les acteurs et actrices y sont si prĂšs de leurs personnages. Histoires de faussaires Dans un de ses cours sur le cinĂ©ma VĂ©ritĂ© et temps, le faussaire, 1983-1984, Deleuze travaille la question de lâindiscernable, de lâindĂ©cidable. France fait partie de ces films oĂč le fond », le propos sâexprime et prend corps dans sa forme-mĂȘme, absolument vous ĂȘtes au cinĂ©ma, au théùtre, ne cesse de dire Bruno Dumont. Câest bien sĂ»r plus flou », ambigu, indistinct que dans Jeanne ou Ma Loute, et câest bien le propos. Ne pas se laisser sĂ©duire par les apparences, la traversĂ©e des apparences des images. Ici tout fait signe si ce nâest sens, dĂšs lors que lâon se laisse happer pouvoir des images, du montage, nous ne sommes plus trĂšs loin dâune folie sous-jacente, possiblement gagnĂ©s par une lecture en parĂ©idolie, voire en apophĂ©nie comme le cinĂ©ma de Lynch nous y invite. Il nây a lĂ , au vrai, rien de bien Ă©tonnant le monde virtuel » de France-le-pays-signifiant-vide et de France-le-personnage, est un monde de nulle part, une utopeople, un dĂ©peupleur, une Dolce Vita de notre Ă©poque. France est le Marcello Mastroianni, le paparazzo de notre Ă©poque qui erre dans une succession de dĂ©cors et de sĂ©quences, touchĂ©e inĂ©galement par ce qui lui arrive. Ainsi, elle peut sembler, du moins en apparence, moins atteinte par la perte tragique du fils et du mari â troisiĂšme flĂšche, troisiĂšme question comment vivre aprĂšs ça ? â, que par lâaccident pourtant insignifiant en apparence Ă©galement du scooter. Mais peut-ĂȘtre est-ce lĂ , justement, le signe dâune amorce de non-jeu, dâoĂč la reprĂ©sentation peut commencer Ă sâeffacer ? Monde autophage et en circuit-fermĂ©, monde de la dĂ©gradation de lâexpĂ©rience vĂ©cue, du flux des images, de la mise en scĂšne de soi, mise en scĂšne dĂ©jĂ -vue mais jamais-vĂ©cue de lâamour, de la rencontre, monde dĂ©vastĂ©, hantĂ© par la fin et lâĂ©croulement câest lâApocalypse, Carpentier Coincoin et les Zâinhumains ! Ainsi sonne » en trompette si ce nâest en fanfare la scĂšne de fin, quand arrive le jeune homme qui, semblant avoir perdu la raison, sâacharne sur un vĂ©lo et le massacre littĂ©ralement, ce qui nâest ni politiquement correct ni trĂšs Ă©colo. Ce nâest pas clean. Le couple dâamoureux, France et Charles tout juste retrouvĂ©s, just married en quelque sorte, en est tout bouleversĂ©, voire terrorisĂ© câest le monde, non pas le monde numĂ©rique mais le monde brutal, sans filtre » qui est toujours lĂ , se convoque de lui-mĂȘme, fait effraction. Insaisissable, insensĂ© », mal-aimable. Puis la menace, la toujours-possible-mauvaise-rencontre sâĂ©loigne, disparaĂźt, sans plus. Le couple sâenlace, le cocon semble se reformer comment interprĂ©ter dans ce tout dernier plan le sourire de France ? Est-ce lâamour Ă©mancipateur enfin trouvĂ© ? Ou le repli sur soi et sur sa classe qui fait retour ? On ne le saura pas, mĂȘme sâil est clair que, si changement il y a eu, il reste confinĂ© dans un monde aux parois invisibles diablement Ă©tanches. On ne se mĂ©lange pas. Ce nâest pas un Ă bientĂŽt jâespĂšre, mais une annonce bien plus obscure, un Demi-clair matin Ă la PĂ©guy â dont le film sâinspire. Ainsi, France est peut-ĂȘtre le plus expĂ©rimental des films de Bruno Dumont, un cadavre exquis, dĂ©filĂ© de morts-vivants oĂč certains portent des costards, et dâautres pas. SĂ©jour oĂč des corps vont cherchant chacun son dĂ©peupleur. Assez vaste pour permettre chacun de chercher en vain. Assez restreint pour que toute fuite soit vaine. » Samuel Beckett / Le DĂ©peupleur / 1966-1970 Marco Candore
DĂ©finition, traduction, prononciation, anagramme et synonyme sur le dictionnaire libre Wiktionnaire. Français[modifier le wikicode] Ătymologie[modifier le wikicode] 1160 Du latin infidelitas. Nom commun [modifier le wikicode] Singulier Pluriel infidĂ©litĂ© infidĂ©litĂ©s \ infidĂ©litĂ© \ fĂ©minin Manque de fidĂ©litĂ© ; manquement Ă ses devoirs. Pour Don Juan, la fĂ©minitĂ© tout Ă fait abstraite est l'essentiel », lâindividualitĂ© n'existe pas il n'y a jamais eu Ă ses yeux ni infidĂ©litĂ© ni tromperie, mais seulement rĂ©pĂ©tition et multiplicitĂ©. â Denis de Rougemont, Comme toi-mĂȘme Essais sur les Mythes de l'Amour, Albin Michel, 1961, page 115 LâinfidĂ©litĂ© dâune femme, dâun mari, dâun ami, dâun dĂ©positaire, dâun domestique, dâun employĂ©. Par extension Actes dâinfidĂ©litĂ©. Il a fait une infidĂ©litĂ©, bien des infidĂ©litĂ©s Ă sa femme. Ce nom de Trognon lui fit entrevoir quelque machination, il crut Ă quelque vice de forme projetĂ© par avance, Ă quelque infidĂ©litĂ© prĂ©mĂ©ditĂ©e par la Cibot, et il rĂ©solut de se servir de ce Trognon pour se faire dicter un testament olographe quâil cachĂšterait et serrerait dans le tiroir de sa commode. â HonorĂ© de Balzac, Le Cousin Pons, 1847 Une grande infidĂ©litĂ©. LâinfidĂ©litĂ© de la mĂ©moire Le dĂ©faut de mĂ©moire. Il ne faut en accuser que lâinfidĂ©litĂ© de sa mĂ©moire. Manque dâexactitude, de vĂ©ritĂ©, en parlant des personnes et des choses. LâinfidĂ©litĂ© dâun historien, dâun traducteur, dâun copiste. LâinfidĂ©litĂ© dâun rĂ©cit, dâun rapport, dâune citation. Il y a de grandes infidĂ©litĂ©s dans cette traduction. Religion LâĂ©tat de ceux qui ne sont pas dans la vraie religion. Ătre obstinĂ© dans son infidĂ©litĂ©. Il Ă©tait chrĂ©tien et tomba dans lâinfidĂ©litĂ©. Traductions[modifier le wikicode] 1 Allemand Untreue de fĂ©minin Ancien français escocerie * Anglais unfaithfulness en Italien infedeltĂ it Kazakh ĐŸĐżĐ°ŃŃĐ·ĐŽŃÒ kk opasızdıq Polonais niewiernoĆÄ pl fĂ©minin Same du Nord behtolaĆĄvuohta * 2 Allemand Untreue de fĂ©minin Anglais infidelity en EspĂ©ranto adulto eo Italien infedeltĂ it Prononciation[modifier le wikicode] France Nancy Ă©couter infidĂ©litĂ© [Prononciation ?] » RĂ©fĂ©rences[modifier le wikicode] Tout ou partie de cet article a Ă©tĂ© extrait du Dictionnaire de lâAcadĂ©mie française, huitiĂšme Ă©dition, 1932-1935 infidĂ©litĂ©, mais lâarticle a pu ĂȘtre modifiĂ© depuis.
Le Jâaccuse de lâĂ©crivain Philippe Alexandre Jandrok sur la machination vaccinale ! Lâusage de la force et de la coercition pour lâinjection covid19 La complicitĂ© ignoble des mĂ©dias et la persĂ©cution des français non injectĂ©s La dĂ©responsabilisation des labos LâexpĂ©rience inouĂŻe de lâinjection de masse covid19 qui fait de nous des rats de laboratoire La complicitĂ© et corruption Ă tous les niveaux de notre sociĂ©tĂ© Le double problĂšme de la protĂ©ine Spike et de lâoxyde de graphĂšne Etc⊠Rejoignez notre fil dâinformations VICTORIA LUMINIS sur Telegram pour accompagner lâEvĂ©nement ! cliquer sur la galaxie Articles similaires
CinĂ©ma CĂ©cile de France et Edouard Baer sont Ă lâaffiche du dernier film dâEmmanuel Mouret, adaptation dâun Ă©pisode de Jacques le Fataliste », de Diderot. Lâavis du Monde » â Ă ne pas manquer Le premier film en costumes dâEmmanuel Mouret Caprice, 2015, drolatique pastelliste des choses de lâamour LâArt dâaimer fut le titre ovidien dâun de ses films, est lâadaptation dâun Ă©pisode bien prĂ©cis du roman philosophique Jacques le Fataliste, de Diderot, connu des cinĂ©philes pour avoir dĂ©jĂ prĂȘtĂ© son argument aux Dames du bois de Boulogne 1945, de Robert Bresson, sombre et magnĂ©tique chef-dâĆuvre du cinĂ©ma français de lâOccupation. Les deux films racontent, peu ou prou, la mĂȘme histoire la vengeance dâune femme bafouĂ©e qui ourdit contre son amant volage une machination implacable, vouĂ©e Ă lâhumilier publiquement. 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Elle prĂȘche alors le faux pour savoir le vrai et, ce faisant, donne Ă son amant une occasion rĂȘvĂ©e de retrouver sa libertĂ©. OutragĂ©e, la malheureuse imagine alors un piĂšge afin de corriger le coureur de son inconstance. Elle extrait de la misĂšre et de la prostitution une aristocrate dĂ©chue et sa fille, Madame et Mademoiselle de JoncquiĂšres Natalia Dontcheva et Alice Isaaz, leur inventant une fiction de piĂ©tĂ© et dâimpĂ©cuniositĂ©, pour mieux jeter cette derniĂšre, dotĂ©e dâun visage dâange, dans les pattes concupiscentes du marquis. Lâamour est aussi un champ de bataille, une lutte, Ă celui qui prendra un rĂ©el ascendant sur lâautre, Ă qui joue ou sera jouĂ© Mademoiselle de JoncquiĂšres brille dâabord par la clartĂ© de son trait, la bonne tenue de son interprĂ©tation, sa limpiditĂ© dans lâexpression des caractĂšres comme de leurs Ă©volutions. Faisant la part belle au texte et aux plans longs, le film Ă©pouse tout autant le cours sinueux des sentiments que la lutte intestine quâils recouvrent, puisque, câest bien connu, lâamour est aussi un champ de bataille, une lutte, Ă celui qui prendra un rĂ©el ascendant sur lâautre, Ă qui joue ou sera jouĂ©. Le siĂšcle des LumiĂšres offre Ă cela le plus bel Ă©crin qui soit, celui de sa langue, dont les comĂ©diens restituent tout le charme. Une langue empreinte de mille subtilitĂ©s, pĂ©nĂ©trĂ©e de prĂ©cision mais soumise Ă Ă©quivoque. Cet art de la conversation, Mouret le met en scĂšne comme une flĂąnerie entre parcs et jardins, dans une nature dont il extrait parfois des compositions Ă la Watteau, oĂč le rythme alangui de la marche permet de joindre la rĂ©flexion au sentiment. Le cinĂ©aste trouve lĂ un parfait terrain pour jouer sur ce qui lâa toujours intĂ©ressĂ© lâironie consciente ou inconsciente du langage ou, pour le dire autrement, la distance qui sâĂ©tablit entre les mots et les gestes, la parole et les sentiments, ce que lâon prĂ©tend et ce que lâon nâose sâavouer. Les cadres, gĂ©nĂ©ralement larges, accueillent cette dialectique de la vĂ©ritĂ© et du mensonge Ă travers la position des personnages qui se font face ou se tournent le dos, sâaffrontent ou se contournent. La joute amoureuse se mĂȘle ainsi au combat des idĂ©es matiĂšre contre esprit, pĂ©rennitĂ© contre prĂ©caritĂ©, bonheur contre plaisir, qui sont autant de postures ou dâapparences dont jouent les personnages. Ainsi, lors dâune dĂ©lectable scĂšne de dĂźner, le libertin sera amenĂ© Ă renier bouffonnement ses principes pour sâattirer les faveurs de la jeune demoiselle, prĂ©tendument dĂ©vote, qui lui fait battre le cĆur. Des enjeux contemporains Lâironie nâengage pas pour autant la cruautĂ© et lâon ne trouvera pas ici de ces jeux de domination ou concerts de persiflages, dans le style des Liaisons dangereuses. La beautĂ© du film tient au contraire Ă ce quâil montre une Ă©gale bienveillance envers tous ses personnages, curieux de leurs contradictions, mais jamais sĂ©vĂšre envers elles. Dâamant volage, des Arcis se retrouvera soudain prĂ©tendant Ă©conduit, poussĂ© Ă la derniĂšre extrĂ©mitĂ© du dĂ©sir, et accĂ©dera ainsi Ă la douleur dâaimer. Madame de La Pommeraye ne nourrit pas seulement une vengeance Ă©goĂŻste mais au nom du genre fĂ©minin, afin de punir et dâĂ©duquer le genre masculin â ce en quoi son Ă©mancipation rencontre Ă©videmment des enjeux contemporains sur la rĂ©gulation des rapports entre les sexes. Ainsi cette vengeance nâapparaĂźt-elle pas autrement que comme un geste dâamour. Et pourtant, le bonheur amoureux chemine secrĂštement par des voies inattendues, en mĂȘme temps quâun personnage jusquâalors discret sâĂ©panouit au sein de la fiction. Câest le mouvement le plus Ă©tonnant du film Mademoiselle de JoncquiĂšres, instrument de vengeance et objet de dĂ©sir diaphane, finit par sâanimer, par sâincarner en un vĂ©ritable sujet amoureux, passionnĂ© et charnel. En elle sâincarne surtout lâidĂ©al dont le marquis prĂ©tendait poursuivre lâimage chez toutes les autres de ses conquĂȘtes â poursuite qui ne cachait en dĂ©finitive que la lente maturation dâun sentiment enfoui. Ce cheminement secret vers lâidĂ©al nous ramĂšne finalement Ă Bresson et Ă la fameuse phrase de Pickpocket 1959 qui aurait pu servir dâexergue au film Pour aller jusquâĂ toi, quel drĂŽle de chemin il mâa fallu prendre. » Film français dâEmmanuel Mouret. Avec CĂ©cile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz 1 h 49. Sur le Web Mathieu Macheret Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil Ă la fois Ce message sâaffichera sur lâautre appareil. DĂ©couvrir les offres multicomptes Parce quâune autre personne ou vous est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil. Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil Ă la fois ordinateur, tĂ©lĂ©phone ou tablette. Comment ne plus voir ce message ? En cliquant sur » et en vous assurant que vous ĂȘtes la seule personne Ă consulter Le Monde avec ce compte. Que se passera-t-il si vous continuez Ă lire ici ? Ce message sâaffichera sur lâautre appareil. Ce dernier restera connectĂ© avec ce compte. Y a-t-il dâautres limites ? Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant dâappareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant Ă des moments diffĂ©rents. Vous ignorez qui est lâautre personne ? Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.
au nom de la vérité machination amoureuse